Assemblée générale de la FEDIL

12 mai 2005

Discours de M. Charles KROMBACH, président

Mesdames, Messieurs,

Chers membres,

Je vous souhaite une très cordiale bienvenue à notre assemblée générale.

Votre présence si nombreuse représente pour la FEDIL et pour son président non seulement un encouragement, mais aussi un signe de reconnaissance pour l’action de notre organisation.

Afin d’être le porte-parole des entreprises, afin de pouvoir défendre les intérêts légitimes de nos entreprises, afin de convaincre les décideurs politiques de nos propositions, nous devons suivre de près l’évolution économique et politique sur les plans national et international et développer une communication fondée sur une argumentation pertinente et dynamique.

Tel a été l’objet des travaux de notre conseil d’administration, de nos groupes de travail et de notre secrétariat tout au long de l’année sous revue.

Afin d’être le porte-parole des entreprises, nous avons besoin d'une organisation forte et solidaire. Je saisis l’occasion pour vous remercier très sincèrement de votre soutien et de votre solidarité.

Monsieur le ministre,

C’est pour la première fois que vous nous faites l'honneur de venir vous adresser à nos membres à l'occasion de notre assemblée générale.

Nous apprécions hautement votre présence. Elle témoigne, en effet, de l'attention particulière que vous portez à ceux qui se mettent à risque, qui créent l'emploi, qui produisent des biens et des services et qui, par là-même, constituent avec leurs salariés, la richesse de notre nation.

Votre présence symbolise aussi le partenariat entre la FEDIL et les pouvoirs publics, c'est à dire le gouvernement, le parlement, l'administration.

Finalement, votre nomination en tant que coordinateur de la mise en œuvre de la stratégie de Lisbonne souligne la volonté du gouvernement de mettre en œuvre bien des réformes dans les domaines économique et social. Hélas, ces réformes tardent depuis des années au point de faire peser aujourd'hui une menace sur l’emploi, sur les investissements, bref, sur l'avenir de la prospérité économique et sociale de notre pays.

Oui, Monsieur le ministre, merci d'être aujourd'hui ici parmi nous.

Je souhaite que les années à venir nous permettent de renforcer les liens entre votre ministère et les industriels luxembourgeois.

Mesdames, Messieurs,

A l’occasion de notre assemblée générale, mais aussi à l’heure de la Présidence luxembourgeoise, j'aimerais évoquer d’emblée un grand défi pour l'Europe et pour le Luxembourg, à savoir la ratification du Traité constitutionnel.

Ne nous y trompons pas : cette ratification est essentielle pour créer une Europe forte de 25 et bientôt 27 Etats membres, capable de défendre les intérêts de ses citoyens et de ses entreprises sur la scène internationale et de mener les politiques qui s'imposent pour améliorer la croissance et l'emploi.

Qu'elle donne lieu à de vifs débats me semble positif. Ce qui l'est moins est qu'on y recourt parfois à l'amalgame, voire à des contrevérités.

Je saisis l'occasion de rappeler que nous avons suivi de près, en notre qualité de membre de l’UNICE, les travaux de la Convention qui a abouti, le 29 octobre 2004 à Rome, à la signature d'un Traité constitutionnel pour l'UE par les Etats membres.

Le Traité constitutionnel permettra un meilleur fonctionnement de l'Union européenne élargie, en adaptant ses procédures décisionnelles à sa nouvelle composition. Il clarifie les compétences nationales et européennes, simplifie les instruments législatifs et le processus décisionnel. Il renforce l'aspect démocratique de l'UE en réservant un pouvoir accru au Parlement européen et aux parlements nationaux, tout en préservant la méthode communautaire.

La perfection n'est pas de ce monde, le texte est un compromis, mais la FEDIL ne peut qu’inciter ses membres à militer en faveur d’un «oui» lors du référendum du 10 juillet prochain.

Mesdames, Messieurs,

Sur le plan conjoncturel, l’année 2004 a été une année satisfaisante pour l’économie luxembourgeoise. Les indicateurs font état:

• d’une augmentation du PIB de 4,5% par rapport à 2003 ;

• d’une augmentation de la production industrielle de 7,5% par rapport à 2003 ;

• d’une augmentation du chiffre d’affaires dans l’industrie reflétant en partie les hausses substantielles de certaines matières premières ;

• d’une hausse de l’emploi bien que le chômage continue à progresser en parallèle ;

• d’une augmentation des investissements au niveau des entreprises.

Ce bilan, globalement positif, est certes le reflet d’une meilleure conjoncture internationale.

Cependant, il y a lieu de noter que la zone euro n’a pas réussi à se mettre dans le sillage de la croissance mondiale en 2004, avec une progression du PIB de seulement 1,8%. Les principales raisons en sont connues : compétitivité dégradée par l’appréciation de l’euro, persistance des rigidités structurelles, manque de confiance des consommateurs et des investisseurs particulièrement prononcé dans certains pays comme en Italie ou encore en Allemagne.

Au Luxembourg, l’ombre au tableau des indicateurs économiques est reflétée par l’évolution du chômage et par celle du taux d’inflation supérieur à la moyenne de l’Union européenne. Cette évolution risque de faire avancer l’échéance de la prochaine tranche indiciaire et accélérer ainsi le dérapage des salaires constaté depuis quelques années déjà.

Pour le début 2005, les indicateurs conjoncturels du premier trimestre attestent d’une détérioration inquiétante du climat au niveau de l’Union européenne. C’est la vision d’une conjoncture européenne en peine de croissance, certes avec des situations nationales très contrastées, mais qui ne va très probablement pas épargner l’économie luxembourgeoise largement ouverte vers l’extérieur.

Sur le plan structurel, le débat sur la croissance économique et la compétitivité des entreprises a donné lieu à de nombreuses controverses.

Personne ne nie que notre compétitivité s’est dégradée au cours des dernières années et que les perspectives en matière de croissance sont incertaines. Mais au Luxembourg, les idées mêmes de compétitivité, de comparaison internationale, d’attractivité, de meilleures pratiques sont le plus souvent ignorées, quand elles ne sont pas simplement rejetées. Au contraire, on cultive à l’envi l’«exception luxembourgeoise».

Ce constat, vous le connaissez. Vous le vivez dans votre expérience de chaque jour. C’est pour cela que nous devons nous exprimer. Nous avons le devoir de faire des propositions. Nous avons le devoir de dire publiquement ce qui semble bon et, au contraire, ce qui paraît mauvais pour les entreprises.

Oui, notre pays doit adopter comme objectif majeur pour les prochaines années la recherche de la compétitivité de son économie dans un monde sans cesse plus ouvert, plus concurrentiel. Car sans compétitivité globale, pas de croissance durable et pas d’emploi pérenne.

Oui, notre économie a dû s’adapter rapidement au passage à l’euro, qui a rendu immédiate la transparence des prix et des coûts, et à l’élargissement de l’Union européenne qui, s’il a créé de nouvelles opportunités de développement, a aussi apporté davantage de concurrence provenant de pays qui veulent la croissance.

Oui, notre économie a connu un important dérapage du coût salarial au cours des dernières années. C’est pourquoi nous disons qu’il faut reconsidérer le mécanisme de la formation des salaires en plafonnant l’indexation, permettant ainsi d’en faire une mesure socialement plus juste et financièrement moins lourde pour les entreprises.

Oui, notre pays doit se préparer sans tarder au vieillissement inéluctable de sa population et à la dégradation du rapport entre actifs et retraités qui va créer des tensions majeures, parce que nous avons pris les mauvaises décisions au «Rentendësch».

Oui, notre pays doit apprivoiser les nouvelles technologies dont l’essor rebat les cartes de la compétition mondiale et nous oblige à réagir plus vite. Relever le défi de l’économie de la connaissance demandera des investissements substantiels dans la recherche, l’innovation et la formation.

Lors des manifestations syndicales de début mai, vous avez vu comme moi avec quelle vivacité on s'est empressés de contester notre prise de parole ! Comme si les entrepreneurs n'avaient pas le droit à l'expression. Comme si les entrepreneurs ne pouvaient être inspirés que par un esprit partisan.

Nous considérons que c'est notre devoir de participer au débat public, de faire entendre la voix des entrepreneurs. Personne ne le fera à notre place. Nous sommes des acteurs essentiels de la société civile, soucieux de l'intérêt général.

Nous avons l'ambition de contribuer à ce que le Luxembourg réussisse à relever tous les défis économiques, sociaux, technologiques, financiers, éducatifs, démographiques, éthiques… Cependant, soulignons-le d’emblée : sans revirement de mentalité, sans volonté de la part de tous les acteurs à participer à un débat franc et ouvert, notre avenir économique et social sera menacé.

Chers amis entrepreneurs,

Tout ce que nous proposons sans relâche s'inscrit dans une vision, s'enracine dans des valeurs, suppose une volonté.

Quelle est notre vision du Luxembourg de demain ? C'est la vision d'un pays tourné vers l'avenir, faisant confiance à ses entrepreneurs, encourageant ses entreprises, privilégiant le dialogue social, cultivant le partenariat, respectant la société civile.

Quelles sont nos valeurs ? Ce sont celles de la liberté, qui suppose toujours la confiance, de la responsabilité individuelle et collective, de la prise de risque maîtrisée et assumée, du courage, de la solidarité qui doit toujours être mise en œuvre pour ceux qui en ont besoin, de la justice, de la reconnaissance de l'effort, du courage, oui, nos valeurs constituent une véritable éthique.

L’esprit d’entreprise est une valeur essentielle de notre société. Nous l’affirmons, nous le défendons, nous le représentons. L’entreprise assure l’emploi de plus de 250.000 salariés et le niveau de vie de leurs familles. L’entreprise assure le financement des budgets de l’Etat et des institutions sociales. Elle assure la progression de notre économie, elle assure l’adaptation et la modernisation de notre société.

Pour encourager l’esprit d’entreprise, il faut d’abord que notre système éducatif reconnaisse pleinement l’esprit d’entreprise comme une valeur de notre société. Il s’agit de donner à notre jeunesse, au cours des années de formation, la curiosité d’esprit, le sens du travail en équipe et le goût du risque. Pour cela, il est nécessaire que les enseignants aient une meilleure connaissance et une meilleure compréhension de l’entreprise.

Mais il faut aussi et surtout que la création et le développement des entreprises sur notre territoire deviennent une priorité pour l’ensemble des pouvoirs publics :gouvernement, collectivités locales, administration. Tout doit être mis en œuvre pour l’encourager !

Mais avoir une vision claire et respecter des valeurs fortes ne suffit pas. Il faut, pour que la vision se réalise et que les valeurs s'affirment, une véritable volonté. Il faut une volonté de tous les instants, dans tous les dossiers, à tous les niveaux.

Monsieur le ministre,

Mesdames, Messieurs,

Nous nous situons au début d’une nouvelle législature avec une nouvelle coalition gouvernementale. Dans sa déclaration du 4 août 2004, le gouvernement, sorti des élections du 13 juin de l’année passée, a annoncé que la compétitivité et l’attractivité du site Luxembourg pour l’investissement et les compétences humaines seront au centre de ses préoccupations pour assurer ainsi la reprise de la croissance et le maintien du plein emploi.

Aussi louables soient-elles, les déclarations du gouvernement n’ont jusqu’ici pas encore été suivies d’actions concrètes et ainsi su créer l’enthousiasme nécessaire pour relancer l’investissement et l’emploi. Nous sommes parfaitement conscients que la Présidence du Luxembourg au niveau européen demande beaucoup d’énergie et d’engagement de la part de nombreux ministres et ministères. Permettez-nous d’ailleurs de vous féliciter pour les résultats atteints à ce stade dans un cadre politique des plus difficiles.

Ceci ne doit cependant cacher que certaines décisions récentes du gouvernement ignorent les objectifs fixés en termes d’attractivité du Luxembourg pour investisseurs locaux et étrangers.

Les exemples sont légion:

  • décision, en octobre 2004, de faire appliquer une nouvelle tranche indiciaire de 2,5% sur l’ensemble des salaires et prestations sociales, alors que l’on sait que la progression du coût salarial dépasse déjà celle de la productivité du travail ;


  • décision, en décembre 2004, d’augmenter les cotisations à l’assurance maladie au lieu de définir une nouvelle architecture de l’assurance maladie permettant plus de responsabilité des acteurs et plus d’efficacité du système de soins de santé ;


  • décision d’augmenter, avec effet au 1er janvier 2005, le salaire social minimum à raison de 2% alors que l’on sait qu’il se situe d’ores et déjà à un niveau qui exclut de l’emploi les travailleurs dont la productivité est la plus faible ;


  • décision en début de 2005 d’augmenter très sensiblement le prix de l’énergie électrique pour les entreprises alimentées en moyenne tension comme suite à l’explosion des dépenses du fonds de compensation servant à financer la politique gouvernementale de promotion des énergies renouvelables.

Mesdames, Messieurs, nous ne pouvons pas rester inertes, sans réaction, devant ces décisions, devant le fait aussi que nos principaux concurrents opèrent dans des pays qui se réforment, se modernisent, se restructurent sans relâche, tandis que notre pays a tendance à s’engourdir, à s’endormir.

Le Luxembourg doit accompagner ces développements pour le bien de son économie et de sa prospérité future et, partant, engager rapidement les réformes indispensables.

Je rappelle que lors du Conseil européen de printemps 2005, les chefs d’Etat ont été unanimes à partager l’avis de la Commission européenne que la relance de la croissance et de l’emploi doit être au cœur de l’action politique dans les années à venir et que les Etats membres doivent faire mieux que par le passé dans la mise en œuvre du processus de relance économique que constitue la stratégie de Lisbonne.

Afin d’atteindre davantage d’appropriation de la stratégie par tous les acteurs, les Etats membres sont invités à élaborer, pas plus tard que cet automne, des plans d’action nationaux.

Alors, qu’en est-il de la situation dans notre pays ? En vue de l’élaboration de notre plan d’action national, le gouvernement et les partenaires sociaux peuvent utilement s’inspirer des recommandations faites par le professeur Fontagné dans le cadre de son rapport sur la compétitivité de l’économie luxembourgeoise.

Ce rapport, intitulé «Une paille dans l’acier», fut présenté en décembre 2004 et, sans faire état de nouvelles révélations, il prêche par la clarté de ses constats. Je vous en donne quelques exemples :

  • le Luxembourg est bien particulier à certains égards, mais pas si particulier que les lois du marché ne s’y appliquent pas ;


  • le modèle de croissance luxembourgeois, basé sur l’exploitation des niches de souveraineté, touche à sa fin ;


  • l’évolution des salaires devrait être déterminée sur base de l’évolution de la productivité du travail et non pas sur base de l’évolution des prix à la consommation ;


  • les salaires ont augmenté une fois et demie plus vite que la productivité dans l’économie luxembourgeoise ;


  • le Grand-Duché, en 4 ans, a accumulé 3,3 points d’inflation de plus que ses principaux partenaires commerciaux, 2,4 points par rapport à la moyenne de l’UE15 et 4,5 points de plus que son voisin allemand.

C’est ainsi que l’expert indépendant conclut que «le réveil pourrait être douloureux, si des ajustements ne sont pas réalisés rapidement».

Que faire alors ? Sommes-nous condamnés à reculer dans le hit-parade des nations ? A multiplier les rapports sans jamais rien mettre en chantier ? Sommes-nous condamnés à pointer les blocages de notre société sans jamais agir ?

Non ! La résignation est contraire à l’esprit d’entreprise qui nous anime tous ! Notre communauté s’honore de ne jamais céder à la dépression, même si nous connaissons des désillusions et ressentons une profonde exaspération !

Mais la création et le développement des entreprises dépendent, dans une mesure décisive, des conditions-cadres de l’Etat. Celles-ci définissent non seulement les incitations ou conditions dans lesquelles les facteurs de croissance peuvent se développer, elles influencent aussi la propension à prendre des risques, l’attitude à l’égard des technologies modernes, l’acceptation des bénéfices, l’estimation sociale de la valeur des activités d’entreprise.

Quelles sont, dans ce contexte, les actions prioritaires qu’il s’agit de mettre rapidement en œuvre.

Premièrement : un assainissement et une consolidation des budgets publics propres à réduire la quote-part de l’Etat, afin que les pouvoirs publics retrouvent une marge de manœuvre suffisante pour des tâches d’avenir. Cela implique une réduction des dépenses de consommation, opération qui doit aller de pair avec le maintien des dépenses d’investissements à un haut niveau et la croissance des dépenses en faveur de la formation, de l’innovation et de la recherche.

Deuxièmement : la mise en place d’un système de formation et de recherche performant, doté de structures d’organisation efficaces, tant il est vrai que le capital humain est la base de l’innovation, et donc de la croissance et de l’emploi.

En ce qui concerne plus particulièrement la mise en place de l’Université du Luxembourg, projet que nous avons suivi avec grand intérêt dès ses premiers débuts, je voudrais rappeler que la FEDIL s’est toujours exprimée en faveur d’une université spécialisée avec des formations de 3e cycle permettant de combiner formation et recherche.

Afin d’atteindre cet objectif et au vu des récentes orientations du projet, nous sommes d’avis qu’il y a lieu d’approfondir la réflexion sur la nature de l’Université.

Afin d’atteindre cet objectif, nous sommes encore d’avis qu’il convient de s’atteler à un rapprochement des centres de recherche publics et universitaires.

Afin d’atteindre cet objectif, nous sommes finalement d’avis qu’il faut se donner les moyens de ces ambitions. En clair, il faut améliorer la gouvernance de l’université, il faut investir dans le capital humain, recruter des professeurs de renom international, créer des centres d’excellence et, partant, doter rapidement l’université des crédits budgétaires nécessaires.

L’espace européen de la recherche est en train de se mettre en place, faisons en sorte que le Luxembourg n’en soit pas écarté !

Troisièmement, domaine d’action prioritaire : la création d’un marché du travail plus ouvert, plus mobile, plus intégré qui favorise le retour au plein l’emploi.

Dans ce contexte, permettez-moi d’insister sur l’effet néfaste que produirait un renforcement des dispositions légales à respecter en cas de restructuration d’entreprises.

Vouloir empêcher une entreprise de s’adapter revient à nier la réalité du terrain. Si les entreprises ne peuvent plus adapter leurs effectifs, en fonction de l’évolution de leur compétitivité et des marchés, elles renonceront progressivement à créer de l’emploi au Luxembourg.

Ce sont les entrepreneurs, qui connaissent le mieux leurs activités, leurs secteurs, leurs défis et leurs opportunités. Ce sont eux qui sont les mieux à même de juger de la nécessité de restructurations. Que l’on cesse dès lors de diaboliser l’entreprise lorsque des restructurations sont décidées et mises en œuvre: nous savons qu’elles sont toujours très douloureuses, mais hélas nécessaires.

Quatrième domaine où de nouvelles règles de jeu sont indispensables : l’ajustement de notre système d’assurances sociales aux possibilités de croissance de l’économie. Il nous faut réorganiser l’Etat social sur base d’un modèle dans lequel la solidarité légale est complétée par davantage d’engagement individuel. Ceci est vrai à la fois, et pour l’assurance pension, et pour l’assurance maladie.

Cinquième et dernier domaine d’action : la protection de l’environnement naturel et la politique énergétique où il faut privilégier la voie des engagements négociés en définissant, en concertation avec les entreprises ou les secteurs, les objectifs à atteindre.

Je ne vous cache pas, Monsieur le ministre, que les entreprises se plaignent des récents développements en matière de prix de l’énergie électrique. Vous avez pu prendre connaissance de l’irritation, de l’indignation, oui de l’exaspération des entreprises à l’égard de l’explosion des dépenses du fonds de compensation et de son incidence sur leur facture énergétique.

En ma qualité de président de la FEDIL, j’ai reçu de nombreuses lettres de protestation de la part des entreprises qui font état des effets néfastes que produit cette évolution sur leur compétitivité.

Au nom de la FEDIL, je vous demande dès lors, Monsieur le ministre, de procéder à une réforme urgente du système de financement des dépenses destinées à la promotion des énergies nouvelles et renouvelables, réforme qui doit s’inscrire dans la logique des efforts accomplis en vue de l’amélioration de la compétitivité des entreprises et, partant, de la croissance et de l’emploi.

Nos entreprises se font également des soucis quant à l’évolution de certains dossiers actuellement en discussion au niveau européen, tels REACH ou encore les récentes déclarations en matière de réduction des gaz à effet de serre. L’Europe ne peut faire cavalier seul sur ces dossiers, les risques de délocalisation d’entreprises étant réels.

Nous plaidons dès lors pour une politique de protection de l’environnement qui tient compte des efforts accomplis par les entreprises et qui s’inscrit pleinement dans une approche de développement durable prenant également en compte les dimensions économiques et sociales auxquelles les entreprises sont appelées à répondre. Nous invitons également nos ministres concernés à défendre ces positions lors des négociations sur les plans communautaire et international.

L’ensemble des mesures, qu’elles concernent les finances publiques, la recherche, l’université, le coût du travail, la sécurité sociale, l’emploi ou encore l’environnement naturel, doivent nécessairement s’accompagner d’une politique de déréglementation et d’une débureaucratisation propres à libérer les entreprises des carcans administratifs.

Je sais que le gouvernement a créé récemment un comité national pour la simplification administrative. J’ose espérer que ledit comité s’attaquera sans délai et dans une approche offensive au problème que constitue la densité réglementaire croissante qui nuit au bon fonctionnement des entreprises, qu’elles soient petites ou grandes.

La déréglementation a évidemment aussi une dimension fortement communautaire, sachant que la majorité des législations encadrant les entreprises y trouve son origine. Nous savons que la nouvelle commission y prête toute son attention.

Lorsqu’on parle de déréglementation, on parle également de surmonter la segmentation du marché intérieur dans l’Union européenne. Un marché intérieur dynamique et sans obstacles est dans l’intérêt vital d’un petit pays comme le Luxembourg.

Au niveau national, je me dois cependant de relever un contre-exemple en matière de déréglementation et de simplification administrative. Je parle de la nouvelle loi du 19 juillet 2004 concernant l’aménagement communal et le développement urbain.

En effet, au lieu d’améliorer les imperfections de la loi de 1937, la nouvelle loi risque de provoquer un blocage complet du secteur de la construction dans la mesure où les communes hésitent, pour des raisons d’insécurité juridique, de ne plus délivrer d’autorisations de construire.

Si ce risque se confirme, il entraînera des conséquences économiques et sociales néfastes pour les 3.000 entreprises et les 50.000 salariés du secteur de la construction et accentuera encore davantage la pénurie de logements.

La réaction politique face à ces problèmes n’a été ni assez décisive, ni assez rapide. Les quelques modifications ponctuelles proposées par le ministre de l’Intérieur sont largement insuffisantes pour permettre un déblocage rapide de la situation.

C’est pourquoi la FEDIL, ensemble avec le Groupement des entrepreneurs, rappelle sa proposition de maintenir en vigueur les dispositions de la loi de 1937 dans l’attente que les imperfections de la nouvelle législation soient redressées.

Cette solution simple, efficace et rapide permettrait aux villes et communes de pouvoir délivrer en toute sécurité juridique les autorisations de construire et, partant, de débloquer la situation actuelle.

Au-delà, la future politique d’aménagement du territoire ne doit pas être trop restrictive par rapport aux efforts que les communes veulent déployer pour offrir des sites d’implantation aux entreprises qui sont contraintes de se relocaliser dans leur région. Le blocage actuel risque d’accroître la pénurie de sites disponibles.

Mesdames, Messieurs,

Les rapports dressés au niveau national, les rapports dressés au niveau européen, viennent tous aux mêmes conclusions, à savoir : la reconnaissance de la nécessité d’accorder une attention particulière à la croissance économique et à l’emploi qui, à leur tour, peuvent générer les moyens nécessaires aux progrès sociaux et environnementaux.

Après deux ans de discussions, après plusieurs rapports de très haute qualité, il est enfin temps d’agir ! Il est temps de passer aux indispensables réformes structurelles préconisées par d’aucuns.

A ne plus imprimer

Mesdames, Messieurs, je vous remercie de votre attention et je cède la parole à M. Jeannot KRECKE, ministre de l’Economie et du Commerce extérieur.