ASSEMBLEE GENERALE
13 mai 2004
DISCOURS DE M. Charles KROMBACH, PRESIDENT
Mesdames,
Messieurs,
Chers membres,
Je vous souhaite la bienvenue à notre assemblée générale.
Votre présence si nombreuse représente pour la FEDIL et pour son président non seulement un encouragement, mais aussi un signe de reconnaissance pour l’action de notre organisation.
Je vous en remercie.
Je me réjouis aussi de pouvoir accueillir à notre assemblée générale celui qui, au cours des dernières années, a été notre interlocuteur privilégié en matière de politique industrielle, Monsieur Henri GRETHEN, ministre de l’Economie et des Transports.
Monsieur le ministre, soyez le bienvenu parmi nous.
Comme tous les ans, nous attendons avec intérêt le message que vous allez nous livrer d’ici quelques minutes.
Permettez-moi aussi, Monsieur le ministre, de vous remercier, vous-même ainsi que vos collaborateurs, des nombreux et précieux services rendus jour pour jour à nos membres.
Je voudrais encore vous remercier pour la fermeté et la compétence avec lesquels vous avez défendu, tout au long de la législature qui touche à sa fin, les intérêts de l’industrie luxembourgeoise, tant sur le plan national qu’international.
Mesdames,
Messieurs,
Chers membres,
L’assemblée générale de cette année a lieu à un moment particulièrement intéressant. En effet, nous sommes appelés aux urnes pour le 13 juin prochain, ceci pour désigner celles et ceux qui vont siéger au Parlement au cours des 5 prochaines années.
En tant que FEDIL nous avons eu, au cours des mois passés, des entretiens avec toutes les grandes formations politiques. A cette occasion, nous avons présenté nos propositions pour une politique en faveur de la croissance et de l’emploi. Nous avons souligné que les entreprises sont les seuls créateurs de richesses et d’emploi et qu’elles méritent l’attention des milieux politiques.
Nous attendons dès lors d’un prochain gouvernement, de quelque couleur qu’il soit, qu’il tiendra compte de nos propositions. Nous attendons qu’il fasse de la compétitivité des entreprises sa première priorité, afin que le Luxembourg puisse garder sa place dans le peloton de tête des économies européennes.
Mais le 13 juin nous désignerons aussi nos représentants dans le nouveau Parlement européen. Nous avons parfois tendance à l’oublier, à privilégier le national à l’international. L’Europe, malheureusement, ne reçoit pas toujours l’attention qu’elle mérite. Près des deux tiers de la législation nationale émanent de l’Europe. Celle-ci a un impact considérable sur la vie quotidienne des citoyens et surtout des entreprises.
Consciente de cela, notre fédération a mis en place, au cours de l’année passée, un bureau de représentation à Bruxelles. Il fonctionne en étroite relation avec l’UNICE, dont la FEDIL est membre, et a des contacts réguliers avec la Représentation permanente du Luxembourg à Bruxelles. Nous nous proposons aussi de rencontrer en automne les membres luxembourgeois du nouveau Parlement européen.
L’Europe vient de franchir un pas important, d’aucuns disent, un pas historique. Je parle évidemment de l’élargissement à 25 pays membres, ceci au 1er mai 2004. Il est manifeste que les nouveaux Etats membres sont surtout motivés par la perspective d’une plus grande prospérité économique et d’une paix garantie.
Or, paradoxalement, les habitants des « anciens » Etats membres, paraissent aujourd’hui plus frileux par rapport au projet européen. Les eurosceptiques sont majoritaires dans de nombreux pays. Des questions émergent, même au Luxembourg, traditionnellement favorable à l’Europe. Les problèmes auxquels les citoyens sont confrontés, tels le chômage et l’insécurité, seraient le fait de l’Europe.
Il n’y a pas d’alternative au projet européen. Je suis convaincu que seule une coopération accrue en Europe peut être salutaire. L’Union européenne est une des plus grandes réussites de la seconde moitié du 20e siècle. Le revenu par habitant a augmenté de manière spectaculaire. La paix est assurée de manière durable. Les postes de douane entre la plupart des Etats membres ont été supprimés. On circule dès à présent d’un bout à l’autre de l’Europe sans devoir s’arrêter à une frontière. Plus impressionnant encore: les monnaies nationales ont été remplacées par l’euro. On paie à présent avec la même monnaie dans 12 pays.
Les élections du nouveau Parlement européen sont un moment propice pour mettre en lumière les aspects positifs de l’Europe. Les candidats aux élections doivent dire clairement que l’élargissement permettra un nouvel élan à l’Europe.
Mais cette évolution positive n’aura lieu que si on continue à lever les obstacles à la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes au sein du marché intérieur élargi. De la même façon, il faut veiller à une application effective, par les 25 Etats membres, de la législation communautaire. Il faut en effet que les entreprises soient soumises aux mêmes règles de jeu au sein du marché intérieur élargi. A défaut, elles risquent d’être confrontées à des distorsions de concurrence inacceptables et dangereuses pour leur avenir.
Le processus de décision européen devra aussi être réformé. Les propositions formulées par la Convention européenne vont dans la bonne direction. Ainsi, le principe de la double majorité, des pays et de la population, est manifestement mieux adapté à une Europe de 25 pays, tout en sachant que certaines questions doivent rester du domaine de la souverainité nationale.
Mais des réformes sont aussi et surtout nécessaires pour préserver la compétitivité des entreprises et l’emploi: les chefs d’Etat et de gouvernement avaient décidé à Lisbonne de faire de l’Union européenne l’économie de la connaissance la plus compétitive au monde d’ici à 2010. Or, les entreprises déplorent les trop nombreux retards dans la mise en œuvre de la Stratégie de Lisbonne. Les conséquences en sont connues: le fossé entre l’UE et ses principaux concurrents grandit et l’UE est incapable de redevenir le moteur de sa propre croissance et, partant, de diminuer son taux de chômage.
Aussi la FEDIL insiste-t-elle pour que le Parlement européen tout comme le gouvernement luxembourgeois qui assurera la présidence du Conseil de l’UE au cours de la première moitié de 2005 se consacrent avec détermination à la mise en œuvre de la stratégie de Lisbonne.
Mesdames, Messieurs,
Si l’Europe doit se préparer aux défis de demain, le Luxembourg le doit aussi !
Au cours des années 2001-2002 la croissance du PIB réel n’a atteint que 1,2% par an en moyenne contre 8,8% en 1999-2000. En 2003, selon les dernières indications du STATEC, la croissance aurait atteint 2,1%, soit une nette amélioration par rapport aux années précédentes.
Mais le ralentissement brutal de l’activité économique depuis 2000, principalement imputable au secteur financier, a aussi révélé les faiblesses structurelles de l’économie luxembourgeoise. Permettez-moi d’en rappeler quelques-unes:
la forte dégradation de la productivité, résultat du ralentissement économique, d’un côté, et des rigidités caractérisant le fonctionnement des marchés, de l’autre;
- une forte inélasticité des dépenses budgétaires qui, d’ores et déjà, se traduit par un solde financier négatif au niveau de l’administration centrale;
un système social très généreux dont le financement à long terme n’est pas assuré. Je parle de l’assurance maladie et surtout de l’assurance pension;
un taux d’emploi faible, surtout dans les catégories d’âge au-delà de 50 ans et une forte inadéquation entre offre et demande d’emploi ;
l’évolution de l’inflation, surtout de l’inflation sous-jacente qui est plus élevée au Luxembourg que dans la plupart des autres pays membres de l’Union européenne ;
Ces problèmes structurels – et je pourrais continuer la liste – ont fait perdre à notre économie une certaine capacité de réaction pour pouvoir profiter de nouvelles opportunités de marché et pour s’imposer à une concurrence de plus en plus forte.
Il est dès lors temps de faire preuve de lucidité et de courage et d’appeler nos concitoyens et nos responsables politiques, à tous les niveaux, à affronter la réalité.
Une réalité qui est celle d’une société vieillissante, accrochée à ses acquis, vivant au-dessus de ses moyens et refusant tout effort d’adaptation pour rester une société compétitive.
La réalité, c’est encore l’internationalisation ou la globalisation. « Nous vivons à présent à une époque marquée par la globalisation, que l’on aime cela ou pas » écrit Carlos GHOSN, Président de Nissan Motors, dans son livre « Citoyen du Monde ». Et il poursuit: « les frontières tombent, les échanges se multiplient, économiques, financiers, culturels, humains. Cela correspond à une volonté profonde. Les gens ne veulent plus être murés dans une société close. Ils veulent échanger, visiter, voyager, considérer le monde comme leur domaine naturel et pas uniquement leur pays, leur ville ou leur village. Et cela va aller en s’accélérant. Il suffit d’observer la jeune génération qui est beaucoup plus ‘mondialiste’ que celle de leurs parents.
Mais dans cette globalisation, il y a aussi la volonté de maintenir une identité. Elle se manifeste partout, de manière positive ou de manière négative. Pour moi, il est évident que la globalisation doit aller de pair avec le respect des identités. Dans l’identité, il y a le pays d’origine, la culture d’origine, l’histoire, la langue. Opposer l’identité à la globalisation n’a pas de sens. Les deux vont de pair (fin de citation) ».
Ce qui vaut pour les individus s’applique a fortiori aux entreprises. Qu’elles s’en félicitent ou le déplorent, leur marché, chaque jour davantage, c’est le monde. Sous l’égide du GATT puis de l’OMC, le protectionnisme n’a cessé de céder du terrain. La croissance des échanges mondiaux a été le principal moteur du développement.
Grâce à la fin de la guerre froide, à l’ouverture de géants autrefois reclus comme la Chine et l’Inde, la quasi-totalité de la planète participe maintenant à la division internationale du travail. Si une entreprise ne va pas au-devant de ce nouveau monde, c’est lui qui viendra tôt ou tard la débusquer.
La réalité, c’est encore l’élargissement de l’UE qui, à terme, aura des conséquences positives pour nos entreprises. Je l’ai déjà souligné. Mais elle présente aussi un certain nombre de défis. Nos entreprises se voient dès à présent confrontées à une concurrence accrue en provenance des nouveaux Etats membres et il est très probable que l’élargissement entraînera une accélération des mutations du tissu économique des Etats membres actuels. Ce constat s’applique également au Luxembourg. En effet, le maintien, dans notre pays, de certaines activités à faible valeur ajoutée peut s’avérer difficile, voire impossible.
Il faut savoir que les mutations structurelles ne sont pas un phénomène nouveau. Elles ont pu être observées tout au long des décennies passées et ont eu comme conséquence une réduction continue de la part de l’industrie dans la valeur ajoutée totale produite par l’économie luxembourgeoise.
Il n’empêche que l’industrie demeure un pilier central de l’économie luxembourgeoise. Elle crée de l’emploi et, en général, de la valeur ajoutée, non seulement dans son propre secteur mais aussi au-delà, en sous-traitant de plus en plus de services à d’autres entreprises. Aujourd’hui l’industrie et les services se complètent et s’intègrent de plus en plus.
Cette réalité se reflète d’ores et déjà au niveau de la structure des membres de la FEDIL où les entreprises de services deviennent de plus en plus nombreuses. Nous couvrons aujourd’hui de larges pans de notre économie, notamment les secteurs de l’industrie manufacturière, l’assise historique de notre fédération, le secteur de la construction mais aussi celui des services aux entreprises. C’est surtout ce secteur qui, dans la foulée de l’évolution structurelle de l’économie luxembourgeoise, s’est développé ces dernières années et qui constitue un des vecteurs majeurs de la croissance future de la FEDIL.
Je constate avec satisfaction que le souci de maintenir un secteur industriel fort est partagé par l’ensemble des grandes formations politiques. Il appartiendra dès lors au prochain gouvernement de donner un nouvel élan à la politique de développement et de diversification industriels. Nous soutenons la politique de promotion économique du gouvernement et sommes disposés à nous y associer.
Mesdames, Messieurs,
Il est indispensable et urgent que notre pays, nos concitoyens prennent conscience du fait que nous avons atteint un point de rupture en ce qui concerne l’évolution économique et sociale et qu’ils comprennent la nécessité de procéder à des réformes en profondeur.
Si nous refusons de changer nos mentalités et nos habitudes dans un monde en constante mutation, si nous persistons à nous renfermer sur nous-mêmes, la dégradation de notre tissu économique, la perte de compétitivité de nos entreprises et, partant, la menace planant sur nos postes de travail n’en seront que plus accentuées.
Afin de relever les défis que constituent la globalisation des marchés et les faibles perspectives de croissance, le Luxembourg doit accélérer son processus de réforme interne. L’accent doit être mis sur quatre blocs thématiques.
D’abord les finances publiques où il faut absolument réduire l’écart qui se creuse entre la progression des dépenses de l’Etat et la croissance économique. Cela implique une réduction des dépenses de consommation, opération qui doit aller de pair avec le maintien des dépenses d’investissement à un haut niveau et la croissance des dépenses en faveur de la formation, de l’innovation et de la recherche. Un meilleur contrôle des dépenses budgétaires est aussi une condition nécessaire pour maintenir un environnement fiscal favorable à l’investissement et à l’emploi.
Parallèlement à la maîtrise des dépenses publiques l’efficacité du secteur public doit être améliorée. Pour commencer, il faudrait faire plus largement appel à l’analyse coûts-avantages, renforcer la responsabilité des gestionnaires, assurer une meilleure coordination entre les différentes administrations et regrouper des ministères sur un certain nombre de questions importantes. Les recommandations formulées dans l’avis annuel du conseil économique et social méritent une attention particulière à cet égard.
Au demeurant, le secteur public gagnerait sans doute en efficacité par un recours accru à la sous-traitance, mais aussi par une réforme de la réglementation visant à intensifier les pressions concurrentielles sur les activités marchandes du secteur public.
Un certain nombre de projets sont en cours afin d’alléger les charges administratives, relativement lourdes au Luxembourg. Parmi ces actions figurent des études de l’effet des nouvelles réglementations sur les formalités administratives pour les PME, la mise en place de guichets uniques pour les créations d’entreprises, la simplification et l’harmonisation des formulaires officiels et la tenue d’audits organisationnels des organismes publics.
On pourrait pousser plus loin ce processus en soumettant tout nouveau projet de loi à une évaluation de son impact sur les formalités administratives, en attribuant à toutes les entreprises un numéro d’identification qui serait utilisé pour centraliser les informations dans une banque de données, à laquelle tous les organismes du secteur public auraient accès ou encore en introduisant le principe que le silence administratif vaut autorisation.
Etant donné le retard accumulé par le Luxembourg dans le domaine de la réforme administrative, il serait souhaitable d’accélérer les procédures et les nombreux projets à l’étude, tout en mettant en place plus rapidement l’administration électronique. Il s’agit d’un facteur important dans l’appréciation de situation compétitive du Luxembourg.
Un deuxième thème qu’il faut aborder est celui du coût du travail qui ne doit pas augmenter plus rapidement que la productivité du travail. Afin d’enrayer le dérapage observé au cours des dernières années, il faut reconsidérer le mécanisme de la formation des salaires caractérisé par l’indexation automatique et intégrale des salaires sur lequel se greffent les négociations tarifaires. Les organisations d’employeurs ont suggéré de plafonner l’indexation des salaires au niveau du salaire social minimum, permettant ainsi d’en faire une mesure socialement plus justifiée et financièrement moins lourde pour les entreprises. Cette proposition, hélas, n’a pas rencontré l’approbation ni du gouvernement, ni des syndicats, sans que le débat ne soit pour autant clos.
En effet, la progression des prix à la consommation, élément déclencheur du mécanisme de l’échelle mobile des salaires, reste élevée. « Alors que le Luxembourg avait l’habitude de compter parmi les meilleurs en ce qui concerne l’inflation, depuis plusieurs années notre économie se caractérise par moins de croissance et plus d’inflation, dont une partie non négligeable résulte de prix administratifs et d’augmentation de taxes », écrit la Banque centrale du Luxembourg dans son rapport annuel 2003. Au-delà, elle note que le Luxembourg a occupé en février 2004, avec 2,4% en termes annuels, l’avant dernier rang dans la zone euro en matière d’évolution de l’inflation.
En présence du mécanisme de l’échelle mobile des salaires, et surtout de la volonté politique de le maintenir, le combat contre l’inflation devrait être une priorité absolue, l’objectif devant être un taux d’inflation zéro. C’est une revendication bien légitime de notre fédération.
Par ailleurs, la formation des salaires dans le secteur privé est fortement influencée par la politique salariale menée dans le secteur public. Ce dernier attire une grande partie de la population résidente luxembourgeoise et a atteint un niveau de salaire dépassant largement celui de la plupart des branches du secteur privé.
Vous me permettrez de citer dans ce contexte un extrait de l’analyse faite dans la récente étude de l’OCDE sur l’impact économique des migrations au Luxembourg. Elle note « qu’il est nécessaire d’opérer une distinction entre les résidents qui sont des immigrés installés et les citoyens luxembourgeois proprement dits. Plus de 40 pour cent des salariés luxembourgeois sont employés dans le secteur public ou des secteurs étroitement apparentés. Ces travailleurs sont largement protégés contre toute concurrence directe sur le marché du travail que pourraient exercer des frontaliers ou des immigrés résidents ».
Bien qu’elle ne débouche pas sur aucune conclusion ferme, l’analyse donne à considérer que, pour une part importante des Luxembourgeois, le niveau relativement élevé de leurs gains est lié aux recettes publiques, elles-mêmes tributaires de taux élevés de croissance de l’emploi. Cela implique que la population active étrangère doit nécessairement venir compléter l’emploi des Luxembourgeois dans le secteur public.
La FEDIL reconnaît pleinement les besoins en effectifs qualifiés de notre fonction publique. Or, ces besoins, certes grandissants, ne devraient pas être comblés ni par un drainage excessif de main-d’œuvre luxembourgeoise du secteur privé vers le secteur public, ni par une politique salariale démesurée dans certaines carrières de la fonction publique.
Une telle évolution aurait des conséquences néfastes sur le fonctionnement de nos entreprises et sur la volonté des Luxembourgeois de s’investir dans la gestion et la création d’entreprises. Elle accentuerait, par ailleurs, le partage de notre société entre fonctionnaires détenteurs d’un passeport luxembourgeois et autres citoyens non-luxembourgeois appelés à investir et à travailler dans notre économie.
Pour éviter ce clivage déjà bien entamé, une ouverture sans réserve d’une large partie de la fonction publique aux travailleurs étrangers est indispensable tout comme il s’agit, dans le cadre de la réforme administrative, de redéfinir les conditions de travail et de rémunération dans le secteur public pour les rapprocher de celles du secteur privé. Ainsi, la structure des rémunérations devrait permettre plus de flexibilité en fonction des responsabilités et des mérites propres d’un chacun avec tous les effets bénéfiques que produit une telle approche sur la motivation du personnel.
Troisième champ d’action: la sécurité sociale. A l’occasion du « nouvel an des entreprises » organisé en janvier 2004 par la FEDIL, j’ai plaidé en faveur d’une nouvelle politique sociale alors que le modèle de l’Etat-Providence tel que nous le connaissons n’est, à terme, plus soutenable. Il nous faut donc réorganiser l’Etat social sur base d’un modèle dans lequel la solidarité légale est complétée par davantage d’engagement individuel.
Le coût du travail est influencé de façon significative par les charges sociales qui n’ont pas augmenté au cours des dernières années et qui sont encore relativement faibles au Luxembourg. Notre fédération a toujours été d’accord pour reconnaître l’avantage que constitue, en termes de coût, le niveau des charges sociales. Eu égard au niveau élevé des rémunérations, nous avons invité et nous continuerons à inviter les responsables politiques et les syndicats à mener une politique sociale permettant d’éviter tout accroissement des cotisations sociales à charge des entreprises. Force est cependant de constater que le financement de certaines prestations sociales reste fragile dans la mesure où il dépend largement du produit de divers impôts et taxes indirects.
En ce qui concerne le régime général d’assurance pension, l’OCDE note dans son rapport qu’une croissance tendancielle plus faible aurait de très lourdes répercussions sur la viabilité du régime général d’assurance pension. Dans le cas des résidents, les prestations de retraite actuelles excèdent déjà les cotisations, mais le système a été maintenu en équilibre grâce à la croissance rapide de l’emploi, rendue possible par la disponibilité de travailleurs frontaliers, et aux cotisations connexes. Cette expansion de l’emploi retarde de fait la maturation du régime de pension, en engendrant un large excédent de trésorerie, mais elle implique aussi des engagements différés toujours plus lourds.
Selon l’OCDE, « le taux moyen de remplacement devrait être ramené à un niveau plus compatible avec l’équilibre de long terme (dans un système parvenu à maturité) de façon à éviter le risque de voir les générations futures subir de fortes majorations d’impôts. Il existe d’amples marges pour opérer ces réformes car le régime général d’assurance pension est extrêmement généreux au Luxembourg: à la suite des mesures prises en 2001 qui l’ont rendu encore plus généreux, pour un travailleur rémunéré au salaire moyen pendant 40 ans le taux de remplacement atteint 98 pour cent ».
Les risques qui pèsent à terme sur nos régimes d’assurance pension sont aussi confirmés dans les récents rapports du Fonds monétaire international et de la Banque centrale du Luxembourg, rapport qu’on ne peut purement et simplement ignorer. Les expériences de nos pays voisins nous montrent dans quelle mesure des réformes de dernière minute peuvent diviser toute la société. Mon message est dès lors d’agir à temps pour éviter le pire.
En matière d’assurance maladie, le défi à relever est double: d’un côté mieux contrôler l’évolution des dépenses en nature et, comme préalable, éviter une sur-dotation en infrastructures et équipements médicaux, de l’autre côté, combattre l’absentéisme pour réduire les dépenses en espèces.
Afin d’atteindre ces objectifs, la FEDIL recommande de réexaminer le niveau de participation des assurés tant en ce qui concerne les prestations en nature que celles en espèces, de renforcer le contrôle des prestataires de soins de santé, des malades et des prescripteurs et, finalement, de revoir le plan hospitalier pour le faire correspondre aux besoins de notre population.
La FEDIL estime que les discussions actuelles sur l’indemnisation en cas de maladie, la fameuse « Lohnfortzahlung », et, en général, sur l’introduction du statut unique, devront impérativement être vues dans le contexte plus large de la compétitivité des entreprises. Il ne saurait donc être question d’augmenter les charges sociales des entreprises, que ce soit par le biais des taux de cotisation ou d’une prise en charge de l’indemnité pécuniaire de maladie. Il faut combattre le problème à la base de la croissance des indemnités pécuniaires de l’assurance maladie, à savoir l’absentéisme en entreprise, notamment par l’introduction d’une participation du salarié.
En dehors du fait que le financement de la sécurité sociale risque de peser à l’avenir plus lourdement sur le facteur travail – conséquence qui tranche radicalement avec les lignes directrices de l’UE – le niveau très généreux des prestations sociales n’est pas sans incidence directe sur l’emploi, le quatrième thème que je voudrais brièvement aborder.
Notre priorité absolue doit être de mettre plus de gens au travail. « Making work pay », ce mot d’ordre formulé dans le cadre des lignes directrices pour l’emploi et du rapport Wim Kok sur l’emploi doivent guider notre action en ce domaine. Nous appelons le gouvernement à éliminer les pièges à l’emploi en réduisant l’écart entre les revenus du travail et diverses prestations sociales versées aux sans emploi. La récente annonce du Premier Ministre d’accorder une prime à celui qui, par ses propres efforts trouve un emploi, ne signifie-t-elle pas que le haut niveau des prestations accordées aux demandeurs d’emploi n’incite guère à se remettre au travail ?
L’OCDE dans son rapport sur le Luxembourg note que « le niveau élevé des taux de remplacement de l’indemnité de chômage et du revenu minimum garanti (RMG) et la durée de versement illimitée de cette dernière prestation augmentent la probabilité de voir des chocs défavorables engendrer une hausse du chômage structurel. Les taux de remplacement devraient être réduits de manière à limiter ce risque ».
Il importe aussi de maintenir l’actuel dispositif rigoureux d’application des obligations de recherche d’emploi et de suivi des chômeurs dans le cadre des politiques actives du marché du travail de façon à atténuer le risque de voir des chocs négatifs sur le marché du travail provoquer une augmentation durable du chômage.
L’amélioration des performances du système éducatif est une autre action prioritaire pour réduire le risque du chômage à long terme. Pour l’instant, l’enseignement est trop varié et trop superficiel, ce qui aboutit à une maîtrise insuffisante des savoirs fondamentaux. Il est urgent d’améliorer les résultats scolaires, qui se révèlent peu satisfaisants d’après l’étude PISA, dans laquelle le Luxembourg se classe au 30e rang sur 32 pays pour la compréhension de l’écrit. Simultanément, la différence entre les meilleurs résultats et les moins bons est importante, ce qui s’explique notamment par la forte proportion d’élèves qui abandonnent prématurément leurs études.
S’il est donc indispensable de réduire le taux d’échec scolaire, il faut, en parallèle, redoubler d’efforts pour accroître le taux d’emploi, en particulier parmi les travailleurs âgés. Bien que l’âge légal de la retraite soit de 65 ans, il faut savoir que la cessation anticipée d’activité constitue la règle plutôt que l’exception.
La Conseil européen, dans une récente décision concernant les nouvelles lignes directrices pour les politiques de l’emploi des Etats membres, formule les recommandations suivantes au Luxembourg pour accroître les taux d’emploi parmi les groupes où ils sont particulièrement faibles aujourd’hui:
élaborer une stratégie globale de vieillissement actif, notamment dans le secteur privé et consolider les récentes initiatives destinées à maintenir plus longtemps les travailleurs sur le marché de l’emploi;
promouvoir des solutions en faveur de l’emploi des personnes couvertes par le régime d’assurance invalidité qui sont capables de travailler;
améliorer les services permettant de mieux concilier la vie professionnelle et la vie familiale, et encourager la réinsertion professionnelle des femmes après une longue absence du marché de l’emploi.
La FEDIL souscrit pleinement à ces recommandations tout en soulignant que nos entreprises, au cours des dernières années, ont fourni des efforts considérables en ce sens. Toujours est-il que le cadre réglementaire afférent doit rester compatible avec l’objectif d’une meilleure compétitivité et respecter la logique économique selon laquelle fonctionnent les entreprises du secteur privé.
L’ensemble des mesures, qu’elles concernent les finances publiques, le coût du travail, la sécurité sociale ou encore l’emploi, doivent nécessairement s’accompagner d’une politique de déréglementation et d’une débureaucratisation propres à libérer les entreprises, grandes et petites, des carcans administratifs. Je sais que les gouvernements successifs se sont tous déclarés en faveur de cet objectif. Mais l’évolution, tant sur le plan national que sur le plan européen, est allée dans le sens contraire. Nous sommes aujourd’hui confrontés à une densité réglementaire croissante qui nuit au bon fonctionnement des entreprises, qu’elles soient petites ou grandes. Ce constat a été confirmé par le Premier Ministre lors de sa récente déclaration sur l’état de la nation.
Mesdames, Messieurs,
En formulant ces propositions, qui ne sont pas nouvelles, je me vois dans le rôle de Cato avec son « ceterum censeo » se plaisant à rappeler ce qui a déjà souvent été débattu et exigé par le passé, mais qui n’a pas été mis en œuvre ou seulement partiellement.
Je regrette aussi profondément que les analyses faites et les propositions formulées par des organismes internationaux tels le FMI, l’OCDE ou encore la Commission européenne, organismes connus pour leur compétence et leur indépendance, sont systématiquement dénigrées et ignorées par les responsables politiques tout comme par les syndicats.
La FEDIL ne peut cependant plus accepter que les mises en garde de tous côtés soient traitées de tabous. Oui, les élections sont souvent le prétexte pour attendre. Mais après les élections il faut s’engager résolument sur la voie des réformes, les transposer avec courage et détermination.
Dans un Luxembourg de la réforme, de la modernité, la FEDIL et ses entreprises apporteront leur collaboration et leur expertise.
Je vous remercie de votre attention.










