Réception du Nouvel An des Entreprises
Jeudi, le 22 janvier 2004 à 17h00
Hémicycle, Luxembourg-Kirchberg
Allocution de bienvenue de
M. Charles KROMBACH, Président FEDIL
Son Excellence Monsieur Pierre GARRIGUE-GUYONNAUD
Ambassadeur de France
Son Excellence Monsieur Roland LOHKAMP
Ambassadeur de la République Fédérale d’Allemagne
Son Excellence Madame Ingeborg KRISTOFFERSEN
Ambassadeur de Belgique
Son Excellence Monsieur Jean-Claude JUNCKER
Premier Ministre, Ministre d’Etat, Ministre des Finances
Monsieur Fernand BODEN
Ministre des Classes Moyennes, du Tourisme et du Logement,
Ministre de l’Agriculture, de la Viticulture et du Développement Rural
Monsieur Henri GRETHEN
Ministre de l’Economie, Ministre des Transports
Monsieur Charles GOERENS
Ministre de l’Environnement, Ministre de la Coopération, de l’Action humanitaire et de la Défense
Monsieur Joseph SCHAACK
Secrétaire d’Etat à la Fonction Publique
Monsieur Niki BETTENDORF
Vice-Président de la Chambre des Députés
Madame Colette FLESCH
Membre du Parlement Européen
Ancien Ministre des Affaires Etrangères
Monsieur Jacques SANTER
Président honoraire du Gouvernement
Membre du Parlement Européen
Monsieur Jacques F. POOS
Questeur du Parlement Européen
Ancien Ministre des Affaires Etrangères
Monsieur Robert GOEBBELS
Membre du Parlement Européen
Ancien Ministre de l’Economie
Ancien Ministre des Travaux Publics
Monsieur Paul HELMINGER
Bourgmestre de la Ville de Luxembourg
Monsieur Ernest-Antoine SEILLIERE
Président du MEDEF
Mesdames, Messieurs,
Chers Membres,
Chers Invités,
Au nom de la FEDIL, je vous souhaite une cordiale bienvenue à la Réception du Nouvel An des Entreprises. Je saisis l’occasion pour vous exprimer, bien qu'avec un léger retard, nos meilleurs vœux de bonheur et de prospérité pour 2004.
Avant de vous livrer quelques réflexions que m'inspire la nouvelle année, je tiens à vous présenter nos invités d'honneur de ce soir.
D'abord Monsieur Jean-Claude JUNCKER, Premier Ministre et Ministre d'Etat, qui, malgré ses nombreuses obligations, a pu se libérer une nouvelle fois pour participer à cet événement.
Monsieur JUNCKER, permettez-moi de Vous assurer de notre grande joie et satisfaction de pouvoir Vous compter parmi nous ce soir. Au passage, Monsieur le Premier Ministre, j’aimerais particulièrement souligner devant cette tribune votre engagement et, en général, celui de votre Gouvernement, en faveur des entreprises, tout au long de cette législature qui touche lentement à sa fin avec les élections en juin prochain.
J’ai également l’honneur et le plaisir de vous présenter Monsieur Ernest-Antoine SEILLIERE.
Monsieur Seillière est Président du MEDEF, le Mouvement des Entreprises de France, depuis le 16 décembre 1997. Il a succédé à Jean GANDOIS, qui s’était retiré de ses fonctions de président du CNPF, le MEDEF de l’époque, suite à la décision du Gouvernement français d’introduire la semaine des 35 heures. A l’occasion de l’assemblée générale du MEDEF du 14 janvier 2003, Monsieur Seillière a entamé un second mandat présidentiel.
Tout au long de sa présidence, il a placé l’entreprise au centre des préoccupations du MEDEF. Je cite à cet égard quelques-unes des initiatives comme le forum « En avant l’entreprise », la création de l’université d’été du MEDEF, mais aussi le rassemblement, en date du 4 octobre 1999, de 30.000 entrepreneurs à la Porte de Versailles ayant manifesté pour la liberté d’entreprendre.
Je voudrais également évoquer son action pour moderniser l’organisation du patronat français. Dès le début de son engagement, Ernest-Antoine Seillière a souligné « la nécessité de construire le CNPF du XXIème siècle, de clarifier et moderniser ses missions, d’adapter l’institution en recherchant une représentativité plus forte, en associant mieux les entreprises du terrain tout comme les grandes entreprises ». Ses réflexions ont été présentées le 27 octobre 1998 au Palais des Congrès à Strasbourg et ensemble avec 1.800 entrepreneurs et représentants des fédérations et unions territoriales, le Président a créé le Mouvement des Entreprises de France, en abréviation le MEDEF.
Comme Vous pouvez le constater, Monsieur le Président, nous avons suivi de près, tout au long des années passées, vos actions et celles du MEDEF. Vous trouverez dès lors dans cette salle des auditeurs avertis et attentifs à vos réflexions basées sur votre longue expérience d’entrepreneur tout comme sur celle de Président d’une organisation patronale écoutée au niveau national et européen.
Monsieur SEILLIERE, je Vous remercie d’ores et déjà d'avoir bien voulu accepter notre invitation et nous écouterons avec grand intérêt vos réflexions.
Mesdames, Messieurs,
A l'aube d'une nouvelle année, il est de coutume de dresser le bilan des 12 mois passés et de tracer les perspectives pour les mois à venir.
Au risque de vous décevoir, je me limiterai cependant ce soir à des considérations de nature plus générale sur la situation économique et sociale du pays.
Les statistiques nous livrent les faits :
une croissance économique au ralenti : 1,3% en 2002, 1,2% en 2003 et, selon les prévisions, 2% en 2004
une faible croissance de la production industrielle et un secteur financier dont l’activité a pâti
un nombre important de restructurations d’entreprises et, dans ce contexte, de négociations de plans sociaux
une évolution des salaires au-delà de l’accroissement de la productivité du travail, évolution à mettre en relation avec la fameuse indexation des salaires au Luxembourg que je n’omettrais pas de mentionner cette année, Monsieur le Premier Ministre
un chômage en forte croissance, ceci malgré une progression constante de l’emploi, bien qu’à un rythme plus lent
un budget de l’Etat en déséquilibre, du fait de l’évolution des dépenses ordinaires, mais une situation financière globale qui, heureusement, reste encore saine
une situation financière difficile au niveau de certaines branches de la sécurité sociale, notamment dans l’assurance maladie.
Ces quelques rappels, cités à titre d’exemple, montrent, si besoin en était, que la situation a bien changé. Il faut dès lors s’interroger sur les perspectives économiques et sociales à moyen terme.
Il est vrai que l’accès de faiblesse que nous vivons est lié au climat conjoncturel international. C’est surtout au niveau de nos pays voisins que la situation est difficile. L’Allemagne et la France, qui sont en même temps nos principaux marchés d’exportation, étaient en stagnation économique jusqu’à peu.
Nous sommes évidemment soulagés de constater qu’une accélération progressive de la croissance dans l’UE se dessine depuis 2004. Cependant, et comme d’accoutumée pour l’Union Européenne, cette relance est tirée par les bonnes performances de l’économie américaine et de certains pays asiatiques.
Mais force est de constater qu’un certain nombre d’incertitudes pèsent sur les perspectives de nos économies. Je pense notamment au cours de l’euro par rapport au dollar et à l’élargissement de l’Union Européenne en mai de cette année qui, d’un côté, offrira de nouvelles opportunités à nos entreprises mais, de l’autre côté, entraînera une concurrence extrêmement agressive au niveau des coûts de production avec comme enjeu un risque réel de délocalisation de certaines productions vers l’Europe de l’Est, voire vers l’Asie.
Aussi, dans un pays largement ouvert sur l’étranger, tel le Luxembourg, il n’est guère possible de faire appel à des programmes d’impulsion étatique dès que la conjoncture a des ratés. Mieux vaut une politique économique axée sur le long terme, politique qui consolide durablement les forces de croissance et offre des perspectives aux investisseurs.
Je voudrais citer dans ce contexte cinq éléments qui me paraissent essentiels :
D’abord une politique financière permettant de maintenir un haut niveau d’investissements publics et, à l’image des récentes réformes, un environnement fiscal compétitif. Je saisis l’occasion pour souligner le bien-fondé des récentes réformes qui, par ailleurs, sont intervenues au bon moment. Je saisis aussi l’occasion pour remarquer que la consolidation budgétaire doit passer forcément par une révision des dépenses courantes.
Ensuite, comme corollaire, une nouvelle politique sociale alors que le modèle de l’Etat-Providence tel que nous le connaissons n’est, à terme, plus soutenable en termes financiers, même avec un taux de croissance moyen. Il nous faut donc réorganiser l’Etat social sur base d’un modèle dans lequel la solidarité légale est complétée par davantage d’engagement individuel.
Je rappelle que tous les Etats membres de l’UE ont souscrit, dans le cadre de la « Stratégie de Lisbonne », à l’objectif de moderniser les systèmes de protection sociale pour faire face au changement démographique en Europe. A l’instar de nos pays voisins, le Luxembourg doit entamer ce processus de réforme. Notre développement économique et social futur en dépendra.
Je cite comme troisième élément, la formation tant initiale que continue. La globalisation de l’économie nous oblige à investir davantage dans les ressources humaines afin de rester compétitif au plan économique. Même si des efforts importants y sont déployés, le Luxembourg doit améliorer ses performances dans ce domaine. Il s’agit d’un vaste chantier avec beaucoup de facettes - je l’admets - mais notre avenir en dépendra.
Dans ce même ordre d’idées, je me prononce pour une politique économique poursuivant l’objectif d’un meilleur équilibre structurel et mettant l’accent sur l’innovation, la recherche et la technologie. Le Luxembourg a fait des progrès respectables dans ce domaine au cours des dernières années et nous espérons que la nouvelle Université du Luxembourg renforcera encore cette dynamique. Je suis, dans ce contexte, heureux de pouvoir compter le recteur de l’Université du Luxembourg, M. François Tavenas, parmi nos invités de ce soir.
Même si le Luxembourg a augmenté entre-temps le budget de la recherche publique à 0,3% du PIB et reste déterminé à atteindre l’objectif fixé dans le cadre de l’Union Européenne d’investir 3% du PIB dans la recherche, une mise en garde s’impose : nos moyens restent limités et il nous faudra focaliser nos ressources sur des domaines prometteurs en termes économiques, ce qui nécessite une coordination efficace entre acteurs de la recherche publique et une collaboration étroite avec les entreprises.
Je mentionne comme cinquième élément ce que l’on appelle au plan communautaire « better regulation », une simplification administrative dans les domaines du droit d’établissement, du droit de l’environnement, du droit social ou encore du droit des affaires. Je sais que les Gouvernements successifs se sont tous déclarés en faveur de cet objectif. Mais l’évolution, tant sur le plan national que sur le plan européen, est allée dans le sens contraire. Nous sommes aujourd’hui confrontés à une densité réglementaire croissante qui nuit au bon fonctionnement des entreprises, qu’elles soient petites ou grandes.
Mesdames, Messieurs,
L’économie luxembourgeoise est certes intégrée dans la conjoncture mondiale, mais son dynamisme propre est sensiblement déterminé par les conditions-cadre qu’elle se fixe elle-même. Celles-ci sont tributaires du monde politique. Le formidable essor d’un certain nombre de pays européens, passés d’un niveau moyen à une position de pointe, tels l’Irlande ou la Finlande, n’est pas le fait des seuls acteurs économiques mais est lié à la sagesse des gouvernements qui ont su écarter des obstacles à l’économie et donner des impulsions utiles.
C’est ainsi qu’en Europe de nombreux pays sont entrain de mettre en œuvre d’importantes réformes. Le Luxembourg a longtemps été précurseur dans certains domaines, notamment la fiscalité. Il risque à présent de prendre du retard dans d’autres domaines pourtant vitaux, tel celui de la modernisation du système de protection sociale.
Comment dès lors secouer un pays qui semble se contenter de l’acquis et attend le renversement de la conjoncture internationale et l’arrivée de meilleurs jours ? Certes, une lente descente est moins désagréable qu’une chute libre, mais elle aboutit au même résultat. Dès lors, un changement de mentalité s’impose au niveau de toute la société.
L’année électorale à venir sera une épreuve de vérité pour les partis politiques entrain de préparer leurs programmes. Nous suivons attentivement ceux qui ne se contenteront pas de parler de croissance, mais qui feront des propositions concrètes en vue de soutenir la volonté de travailler, la responsabilité individuelle et la prise de risque.
Mesdames, Messieurs,
Ces quelques considérations faites - elles susciteront certainement une réplique de la part du Premier Ministre - je cède la parole à Monsieur Ernest-Antoine Seillière, sans oublier de remercier les nombreux représentants de la presse pour leur présence et, en général, leur bonne collaboration avec la FEDIL.
Je vous remercie de votre attention.











