Assemblée générale de la FEDIL - M. Robert Dennewald

11 mai 2006

Discours de M. Robert Dennewald, président

Monsieur le ministre,

Mesdames, Messieurs,

Chers collègues et amis,

Le conseil d'administration de la FEDIL m'a mis face à un magnifique et difficile défi en m'élisant à la présidence ; je l'en remercie très vivement.

Dans cette situation mon premier regard va vers Charles Krombach, auquel j’ai l'honneur de succéder.

Charles Krombach a rejoint le conseil d’administration de la FEDIL en 1991. Depuis 2000, il a assumé la présidence et a représenté l’industrie luxembourgeoise aussi bien au niveau national qu’international.

Charles Krombach, au cours de sa présidence, a su faire face à maintes difficultés et a effectué un parcours sans faute, en prêtant une oreille attentive aux avis du conseil d'administration et de la direction de la FEDIL.

Parmi les réussites qui vont nous faire rappeler sa présidence, je citerai plus particulièrement :

  • la mise en place du Service de santé au travail de l’industrie (S.T.I.) dont il était le président de 1994 à 2000 ;


  • l’établissement définitif de la FEDIL en tant qu’interlocuteur pour les secteurs de la communication et des nouvelles technologies de l’information et de la communication ;


  • l’ouverture d’un bureau de représentation de la FEDIL à Bruxelles et, par ce biais, le renforcement de la collaboration aux travaux de l’UNICE dont il exerça la vice-présidence de janvier 2004 à juin 2005 ;


  • le renouvellement et le rajeunissement du conseil d’administration, qui compte d’ailleurs aujourd’hui aussi une dame dans ses rangs ;


  • l’aménagement de nouveaux locaux pour le secrétariat de la FEDIL dans le contexte du projet immobilier de la Chambre de commerce.

Charles Krombach a, par ailleurs, réussi à s’assurer la confiance et le respect de tous les intervenants, tant du monde patronal que des mondes politique et syndical.

Charles, au nom de tous les membres de la FEDIL, de l’ensemble des collègues du conseil d’administration et des membres de la direction et du secrétariat, je te dis un chaleureux merci. Ton nom figurera parmi les présidents qui ont fait progresser notre fédération dans la défense de ses intérêts professionnels.

Aussi ai-je l’honneur de te conférer, au nom du conseil d’administration, le titre de président honoraire en témoignage de la profonde reconnaissance et de la grande estime que te portent les administrateurs et l’ensemble des membres de la FEDIL.

Un grand merci, mon cher Charles, et encore un grand coup de chapeau !

Chers collègues,

Mesdames, Messieurs,

Permettez-moi ensuite de remercier chaleureusement les membres du conseil d’administration de la confiance manifestée à mon égard en m’appelant à la présidence de la FEDIL.

Fort de cette confiance et conscient de l’importance de la mission, je m’engage aujourd’hui à m’investir pleinement dans cette nouvelle fonction, à être le président de tous les membres de la FEDIL, sans distinction de taille ou de secteur.

J’éprouve en ce moment un sentiment très fort de gratitude envers mes prédécesseurs qui ont contribué au développement de notre fédération et je sais combien il me sera difficile de poursuivre, avec autant de compétence, leur œuvre.

J’espère que l’expérience professionnelle que j’ai pu accumuler, tant au niveau de mon entreprise qu’à celui des organisations professionnelles auxquelles j’ai participé de façon active, me sera bénéfique dans l’exercice de mon mandat.

Mais le soutien de vous tous, chers membres de la FEDIL, sera nécessaire pour faciliter ma tâche et je vous en suis d’avance reconnaissant.

Monsieur le ministre,

Mesdames, Messieurs,

Au cours des dernières semaines l’actualité politique a été dominée par les discussions tripartites ainsi que par la déclaration du gouvernement sur la situation économique, sociale et financière de notre pays.

Dans ma fonction de nouveau président de la FEDIL, permettez-moi d’exposer brièvement notre point de vue quant à l’issue de ces débats.

Aux yeux de la FEDIL, l’accord en question constitue bien une avancée, puis qu’il a contribué à une prise de conscience généralisée de la nécessité de procéder à une réduction des dépenses publiques et à un redressement de la compétitivité de l’économie.

Cependant, force est de constater que les mesures annoncées, fruits de négociations difficiles, ne constituent qu’un consensus au plus petit dénominateur commun.

D’abord, parce que le débat au sein de la tripartite, initialement destiné à la seule amélioration de la compétitivité de notre économie, a été dénaturé par le gouvernement pour viser en premier lieu la réduction du déficit budgétaire de l’Etat.

Ensuite, parce que les mesures décidées, face à l’opposition des syndicats de s’engager sur la voie de réformes véritablement structurelles, ne sont pas à la hauteur des défis auxquels le pays est confronté.

L’accord montre également que notre « modèle luxembourgeois » est loin d’être parfait. Les acteurs réunis au sein de la tripartite

n’ont pas su saisir l’occasion d’une situation stable sur le plan politique, combinée à une prise de conscience généralisée des Luxembourgeois sur la nécessité d’un changement, pour mettre en place les réformes structurelles essentielles pour l’avenir de notre pays.

Alors que nous sommes, en tant qu’entrepreneurs, parfaitement conscients que le monde autour de nous est en mutation rapide, la politique a du mal à suivre cette cadence et à formuler une véritable stratégie à long terme. Dès lors, l’accord intervenu au niveau du Comité de coordination tripartite ne peut constituer qu’une étape intermédiaire en vue d’un véritable redressement de la compétitivité des entreprises.

Monsieur le ministre,

Mesdames, Messieurs,

Le Premier ministre a récemment critiqué le patronat pour ne pas avoir proposé, lors des récentes discussions tripartites, de véritables réformes structurelles. Loin s’en faut. Nos propositions sont bien connues et visent à trouver les réponses à deux questions fondamentales :

  • comment inscrire notre modèle social dans une approche de développement durable ;


  • et comment pérenniser et diversifier notre tissu économique ?

En rapport avec ces deux grands chantiers, vous attendez du nouveau président qu'il annonce ses priorités politiques pour les mois et années à venir.

Il y en a beaucoup qui me tiennent à cœur, mais permettez-moi de me concentrer aujourd’hui sur trois d’entre elles :

  • la maîtrise des coûts de production et, en général, l’amélioration de la compétitivité ;


  • le développement de l’emploi et l’endiguement du chômage ;


  • la promotion de la recherche et l’amélioration de la formation.

1. L’amélioration de la compétitivité

Il va de soi que nos entreprises doivent renforcer en performance leur compétitivité-coût, accroître leur flexibilité et leur capacité d’innovation pour être en mesure de faire face à la concurrence de pays comme les Etats-Unis, la Chine et l’Inde.

Nous ne pouvons rester à la fois plus chers et moins flexibles !

Me basant sur mon expérience professionnelle, je souhaite, durant ma présidence, mettre un accent particulier sur le thème de la maîtrise des coûts du travail et de l’énergie.

Les coûts salariaux augmentent trop vite chez nous, surtout sous l’effet de l’indexation automatique des salaires. Nos voisins connaissent moins ce phénomène, voire ne le connaissent pas du tout. C’est pourquoi la FEDIL suivra de près l’évolution de l’inflation, qui a progressé nettement plus vite au Luxembourg que dans les pays voisins, et ses répercussions sur les salaires.

Malgré les récentes décisions prises au niveau du Comité de coordination tripartite, la crainte d’un nouveau dérapage salarial est fondée et est d’autant plus inquiétante, alors qu’il s’ajouterait au handicap salarial accumulé depuis 2000 par rapport à nos principaux partenaires commerciaux.

Les modulations de l’échelle mobile décidées par la tripartite sont limitées aux années 2006 à 2009 et ne portent pas sur les aspects structurels du mécanisme. Dans ces conditions, il est d’ores et déjà évident que le sujet de l’indexation sera de nouveau au cœur du débat au plus tard fin 2009.

Il est vrai que le niveau de nos charges sociales se compare (encore) favorablement à ceux de nos pays voisins et nous devons tout faire pour maintenir cet avantage compétitif. C’est pourquoi nous estimons que les discussions futures sur l’indemnisation en cas de maladie, la fameuse « Lohnfortzahlung », et, en général, sur l’introduction du statut unique, doivent impérativement être vues dans le contexte plus large de la compétitivité des entreprises.

Il ne saurait donc être question d’augmenter les charges sociales des entreprises, que ce soit par le biais des taux de cotisation ou d’une prise en charge de l’indemnité pécuniaire de maladie !

Dans le contexte d’une économie globalisée et suite au dérapage des prix, observé dès 2004, la disponibilité et l’utilisation de l’énergie occupent à nouveau une place importante dans le débat sur la compétitivité de l’économie, que ce soit au niveau national ou européen.

L’objectif d’un approvisionnement énergétique suffisant, sûr et économique doit donc redevenir la priorité de la politique énergétique luxembourgeoise. Dans ce contexte, je tiens à féliciter le gouvernement pour la décision d’encourager la connexion directe des réseaux électriques luxembourgeois aux réseaux des trois pays voisins, tout comme pour la récente réorganisation du Fonds de compensation « électricité ».

A propos de la réduction des gaz à effet de serre, la FEDIL insiste à ce que le prochain Plan national d’allocation tienne compte des besoins en quotas des entreprises existantes et prévoie une réserve suffisamment étoffée de quotas à allouer à de nouveaux entrants afin de refléter les ambitions de la politique du gouvernement en rapport avec le développement industriel du pays.

2. L’emploi et le chômage

L'emploi et le chômage sont deux matières qui nous préoccuperont fortement dans les années à venir.

Le chômage, parce que son taux a connu une croissance inquiétante et nous place en moins bonne position au niveau européen, mais pas uniquement pour ce motif. Pouvons-nous accepter d’un point de vue humain, sociétal, social, économique, qu'une partie importante de notre population reste à l'écart de toute activité professionnelle constructive et valorisante, pour elle-même et pour la société ?

L'emploi, parce qu'il s'agit de la seule manière constructive d’enrayer le phénomène du chômage. Le gouvernement mérite tout notre soutien dans sa politique active de création d’emplois et peut compter sur la collaboration sincère de la FEDIL. Au-delà, il faut encourager, inciter, motiver et parfois contraindre, de façon équitable, nos concitoyens à prendre ou à reprendre la route du travail.

Nous sommes moins convaincus de l’approche prônée par le ministre du Travail en matière de politique de maintien dans l’emploi. Nous partageons évidemment l’idée d’éviter, autant que possible, la mise au chômage des salariés, mais nous savons aussi que les entreprises doivent pouvoir s’adapter à un environnement en pleine mutation. L’objectif doit être, dès lors, d’accompagner les restructurations plutôt que d’en alourdir les procédures et d’augmenter les coûts qui y sont liés. Plutôt que de se soucier de mesures défensives telles que celles d’un maintien de l’emploi, la FEDIL recommande une politique offensive de création d’emplois en stimulant l’esprit d’entreprise.

L’emploi des jeunes et, en général, des demandeurs d’emploi résidents, constituera un point d’attention important pour l’année 2006. Le problème est complexe et nécessite un ensemble de mesures appropriées, en matière d’enseignement, de formation et d’intégration notamment.

Il y a quinze jours, nous avons signé, avec le ministre du Travail, une convention pour relancer les stages d’insertion en entreprise et les stages de réinsertion professionnelle. Par le biais de cette convention, la FEDIL veut souligner son engagement en faveur des demandeurs d’emploi résidents et honorer l’engagement pris dans le cadre des récentes discussions tripartites.

Cet engagement constitue également un gage de responsabilité sociale de la part de nos entreprises, plus particulièrement à l’égard de ceux qui ont des difficultés à trouver ou à retrouver le chemin de l’emploi.

Je lance un appel à nos chefs d’entreprise de contribuer à cet objectif et d’offrir un grand nombre de postes de stage. Notre secrétariat vous fournira toutes les informations nécessaires sur les avantages et les modalités pratiques de ce projet important.

3. Recherche et Formation

 

L’émergence de la société de la connaissance demande des efforts accrus de la part de notre pays en matière de recherche et de formation. Ceci, les statistiques le confirment.

Bien sûr, il appartient en priorité aux entreprises d’investir dans la recherche. Tel est le cas au Luxembourg. Mais le nombre d’entreprises, surtout de PME, qui ont fait de la R&D un vecteur de croissance, est encore trop petit et, partant, il faut l’augmenter.

Nous lançons un appel à nos membres de tirer profit de l’encadrement financier et fiscal de la recherche privée. En même temps nous aimerions réfléchir, ensemble avec le ministère de l’Economie, sur des améliorations à apporter au dispositif d’encouragement de la recherche privée. La nécessité d’une telle réflexion est confirmée par les conclusions du Conseil de printemps sur la mise en œuvre de la Stratégie de Lisbonne.

L’innovation se fonde aussi et surtout sur un système de formation efficace. Dans ce contexte, il est nécessaire :

  • de rehausser le niveau des écoles de degré inférieur, qui, selon les études PISA, ne répondent pas aux critères internationaux ;


  • d’intensifier la collaboration entre les écoles et les entreprises afin d’harmoniser constamment les contenus de la formation avec les changements des exigences du secteur professionnel ;


  • d’inciter un plus grand nombre de personnes à suivre des cours de perfectionnement.

Un rôle important incombe à l’Université du Luxembourg. En tant qu’acteur économique, nous sommes confiants d’y trouver un partenaire privilégié et un acteur de qualité. La récente décision de mettre en place un Institut des matériaux est un pas dans cette direction.

Le Fonds national de la recherche et les CRP demeurent des piliers importants de la recherche publique. Il est toutefois urgent d’améliorer la collaboration entre tous les acteurs de la recherche publique et d’améliorer l’adéquation entre leurs activités de recherche respectives, ceci afin d’atteindre une masse critique et un niveau d’excellence.

Il faut dire que la stratégie en matière de recherche publique telle que présentée récemment par le ministre Biltgen nous confirme parfaitement dans notre approche et nous tendons évidemment la main au gouvernement pour continuer sur cette voie.

Mesdames, Messieurs,

Je viens de souligner quelques thèmes qui nous tiennent, en tant qu’entrepreneurs, particulièrement à cœur. Afin de convaincre les décideurs politiques de nos propositions, nous devons développer une argumentation moderne et dynamique et nous avons besoin d'une organisation forte et solidaire.

Tel était l’objet des travaux d’un groupe de réflexion institué par notre conseil d’administration en début d’année. Les conclusions de ce groupe m’ont inspiré cinq objectifs principaux :

  • mieux intégrer les nombreuses activités de « services aux entreprises », et notamment les services nouveaux qui tiennent désormais une place importante dans la création de la richesse nationale ;


  • améliorer et compléter les services offerts à nos membres et organiser des plates-formes d’échange de bonnes pratiques dans des domaines tels que la gestion des ressources humaines, l’utilisation de l’énergie ou de logiciels de gestion . . . ;


  • dynamiser nos structures internes, ceci par le biais d’une spécialisation accrue des différents groupes de travail et par la recherche de synergies avec d’autres acteurs tels l’UEL, la Chambre de commerce ou d’autres fédérations sectorielles ;


  • renforcer notre présence auprès des organes de décision européens et la collaboration avec la Représentation permanente du Luxembourg à Bruxelles et mieux diffuser toutes les informations pertinentes à nos membres ;


  • assurer une plus forte présence dans la presse et, sur le plan de la communication interne, recourir davantage aux moyens électroniques.

Comme vous pouvez le constater, nous ne manquons ni de projets ni d’ambitions pour l’avenir. Ensemble avec le support de vous tous, membres de la FEDIL, nous pourrons les réaliser et peser dans le débat politique.

Je serai combatif pour la cause des entreprises et compte fermement sur votre support dans cette démarche. Il y va de l’avenir de nos entreprises, mais également de l’avenir de ce pays qui nous tient tous à cœur.

Je vous remercie de votre attention.

 

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