Assemblée générale du 22 avril 2010

Discours de Robert Dennewald, président

Luxembourg, le 22 avril 2010

 

Mesdames, Messieurs,

Chers membres de la Fedil,

Je vous souhaite la bienvenue à notre assemblée générale.

Votre présence si nombreuse représente pour la Fedil et pour son président non seulement un encouragement, mais aussi un signe de reconnaissance pour l’action de notre organisation.

Je vous en remercie.

J’ai aussi l’obligation d’excuser Monsieur Jeannot Krecké, ministre de l’Economie et du Commerce extérieur, qui avait confirmé sa participation à notre assemblée générale, mais qui, en raison de l’actualité politique, n’a malheureusement pas pu se joindre à nous. Il doit assister à une réunion extraordinaire du Conseil des ministres traitant du sujet de la « sortie de crise ». Si son emploi du temps le permet, il nous rejoindra pour la réception qui suivra notre assemblée générale.

Mesdames, Messieurs,

L’année 2009 a été une année difficile pour l’économie luxembourgeoise. Le PIB, selon les dernières indications du Statec, a baissé de 3,4%. Tous les secteurs économiques ont été touchés par la récession mondiale, même si des évolutions diverses ont été observées.

Ainsi, l’industrie, largement orientée vers l’exportation, a vu sa production chuter de quelque 16% et le chiffre d’affaires de 27%. Et si l’on parle d’un recul du chiffre d’affaires de 27% pour l’ensemble de l’industrie, il s’agit évidemment d’une moyenne. Dans certaines branches ou entreprises, la baisse a été nettement plus marquée avec une réduction des chiffres d’affaires de l’ordre de 40%, voire 50%.

Et pourtant, même pendant cette mauvaise année, nos entreprises, en général, ont tenu le coup. Elles étaient en bonne posture avant le début de la crise et grâce à des efforts de réduction de coût extraordinaires, grâce aussi à des programmes de maintien de l’emploi, basés notamment sur la pratique du chômage partiel et la mise en place de projets additionnels de formation continue, elles ont survécu à la crise.

Toutefois, il est à craindre que la crise économique et financière aura des conséquences douloureuses cette année encore. Bon nombre d’entreprises doivent procéder à des restructurations. Elles ne le font pas de gaieté de cœur, mais parce qu’elles doivent s’adapter pour survivre. Il ne faut pas oublier que lorsqu’une restructuration intervient trop tard, elle a souvent des conséquences dramatiques pour l’entreprise toute entière et donc pour tous ses salariés.

Si l’industrie luxembourgeoise va aujourd’hui un peu mieux qu’il y a un an, c’est quasi exclusivement dû à la reprise de la demande en Asie ou dans d’autres régions dynamiques du monde.

Cependant, les entreprises luxembourgeoises ayant osé - et réussi - l’aventure de la grande exportation, sont encore trop peu nombreuses. Je pense que nous pouvons faire mieux et je saisis l’occasion pour encourager nos entreprises - aussi les PME - à participer plus nombreux aux missions économiques organisées par « Luxembourg for Business » en collaboration avec le ministère de l’Economie et du Commerce extérieur et la Chambre de commerce.

Mesdames, Messieurs,

L’évolution récente de l’économie luxembourgeoise, mais aussi son avenir, s’inscrivent dans un contexte international en pleine mutation. Le centre de gravité de l’économie mondiale se déplace de plus en plus vers le sud et vers l’est.

En 2000, par exemple, l’UE des 27, les Etats-Unis et le Japon représentaient encore plus de 56% de l’économie mondiale. En 2010, ce chiffre est tombé à moins de 47%. Avec une progression de leur part dans l’économie mondiale de 16% en 2000 à 24% en 2010, les pays BRIC, le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, réalisent le mouvement inverse. A ce rythme de croissance, il leur faudrait moins de 15 ans pour devenir plus importants que les économies européenne, américaine et japonaise réunies !

Cela illustre également le peu de poids que représentent encore dans l’économie mondiale, les Etats membres de l’UE pris individuellement. L’économie allemande, par exemple, avec ses 4% en 2010, sera dépassée par celle de l’Inde avec 5% - et sera même trois fois inférieure à celle de la Chine (12,7%). L’économie brésilienne égalera celle de la France en 2010. Je ne parle évidemment pas du Luxembourg dans ce contexte.

Dès lors, si l’Europe veut continuer à jouer un rôle de premier ordre sur la scène internationale, elle devra de plus en plus tourner son regard vers les pays émergents et, avant tout, elle devra adopter une vraie stratégie en faveur de la croissance et de l’emploi.

Pour rappel : en 2000, la stratégie de Lisbonne a été lancée au niveau européen. Cette stratégie avait pour but de faire de l’Europe, pour 2010, l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique au monde. Face à l’essor fulgurant des pays tels la Chine et l’Inde, c’était la seule manière de préserver notre création de croissance et d’emploi et donc notre prospérité.

Dans le cadre de la stratégie de Lisbonne, six objectifs avaient été formulés au niveau européen. Les deux les plus célèbres consistaient respectivement à atteindre un taux d’emploi de 70% de la population en âge de travailler et à investir 3% du PIB dans la recherche et le développement d’ici 2010. Les quatre autres objectifs avaient trait à la mise au travail de plus de femmes et de personnes de plus de 55 ans, à la formation tout au long de la vie et à la réduction du nombre de jeunes quittant l’école sans diplôme.

Aujourd’hui, nous pouvons conclure, de manière générale, que la stratégie de Lisbonne est un échec. Si, en comparaison avec les Etats-Unis et le Japon, l’Europe ne s’en est pas encore trop mal sortie, sauf sur le plan de la productivité, ses progrès ont été bien trop faibles pour réaliser ses ambitions visées dans le délai convenu. C’est au niveau des investissements en R&D que ceci ressort le plus clairement. Le retard par rapport a l’objectif de 3% était, en 2008, encore pratiquement équivalent à celui de 2000. Par ailleurs, la stratégie de Lisbonne n’est pas davantage parvenu à réduire le fossé entre les pays les plus et les moins performants.

Au vu de ce constat d’échec, il est grand temps d’agir. Il faut que la stratégie qui succédera à celle de Lisbonne, à savoir la stratégie « UE 2020 », parvienne vraiment à faire de l’Europe l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique au monde.

Cette nouvelle stratégie vise à la fois la réalisation d’une croissance intelligente, fondée sur la connaissance et l’innovation, d’une croissance durable, par la promotion d’une économie moins intensive en carbone et en énergie, et d’une croissance inclusive à fort taux d’emploi.

La Commission européenne propose de fixer cinq grands objectifs que les Etats sont invités à convertir en objectifs nationaux, à savoir :

  • donner un emploi à 75% de la population active ;


  • investir 3% du PIB de l’UE dans la R&D ;


  • réaliser les objectifs 20/20/20 en matière de climat et d’énergie ;


  • ramener le taux d’abandon scolaire à moins de 10% et élever à 40% le nombre de jeunes obtenant un diplôme de l’enseignement supérieur ;


  • réduire de 20 millions le nombre de personnes menacées par la pauvreté.

Le Conseil européen des 25 et 26 mars dernier a discuté de la nouvelle stratégie de l’Union européenne pour l’emploi et la croissance. Il en a approuvé les principaux éléments, y compris les objectifs clés qui guideront sa mise en œuvre ainsi que des dispositions visant à en améliorer le suivi.

La Fedil note avec satisfaction que la stratégie UE 2020 pèse davantage sur les processus de prise de décision nationaux. Ainsi, les Etats nationaux sont invités à établir des programmes nationaux de réforme dans lesquels ils exposeront, de manière détaillée, les actions qu’ils entreprendront pour mettre en œuvre la nouvelle stratégie, en mettant tout particulièrement l’accent sur les efforts visant à réaliser les objectifs nationaux ainsi que sur les mesures destinées à lever les freins à la croissance au niveau national.

Mesdames, Messieurs,

Ce qui vaut pour l’Europe, vaut aussi, à quelques nuances près, pour le Luxembourg. A la veille de la convocation du Comité de coordination tripartite par le Premier ministre, les organisations patronales, réunies sous le toit de l’UEL, ont fait le point sur la situation économique et sociale. Le constat dressé par l’UEL, corroboré par les analyses faites par le Statec et la Banque centrale du Luxembourg, est plus qu’alarmant :

  • un déficit de croissance cumulé de 16% du PIB pour la période 2009-2014, soit une perte de richesse d’environ 6 milliards € ;


  • un chômage en progression rapide et un total de 42.000 emplois non créés du cours des années 2009-2011 ;


  • entre 1 à 1,5 milliard € de diminution des recettes de l’administration par an et, à l’horizon 2014, un endettement public supplémentaire de 30% ;


  • un déficit cumulé de 300 millions € au niveau de l’assurance maladie à l’horizon 2012 et un rapprochement du « mur des pensions » faisant que les réserves seront totalement épuisées en 2030.

S’il est clair que la récession mondiale est un des arguments qui explique l’état de crise auquel le pays est confronté, il est tout aussi évident que l’érosion de la compétitivité en est un autre. Selon l’indicateur synthétique de l’Observatoire de la compétitivité, la compétitivité du Luxembourg s’est fortement dégradée au cours des dernières années : le Luxembourg est passé de la 7e place en 2004 à la 13e place en 2009.

Une analyse plus fine met en évidence que la dégradation de la compétitivité s’explique par une croissance des salaires bien supérieure à celle de la productivité. Ainsi, au cours de la période allant de 1998 à 2008, les salaires par tête ont augmenté de 38,2% au Luxembourg contre 28,5% en Belgique et 10,4% en Allemagne.

Et aussi large que la conception de la compétitivité puisse être, nul ne pourra mettre en doute la place prépondérante réservée à la compétitivité-prix et à la compétitivité-coût, dans la mesure où ce sont ces dernières qui déterminent le niveau d’activité de la plupart des entreprises luxembourgeoises, notamment de celles orientées à l’exportation. Nul ne pourra nier que l’évolution de l’inflation ou des prix au Luxembourg ainsi que celle des salaires aura des répercussions sur la compétitivité des entreprises luxembourgeoises.

Hélas, force est de constater que le constat de la dégradation de la compétitivité-coût des entreprises luxembourgeoises n’est pas partagé par les organisations syndicales représentées au niveau de la tripartite et qu’elles refusent toute discussion pour y remédier. Bien plus, elles déclarent ouvertement que ce sont les entreprises qui sont les responsables de la crise et appellent d’ores et déjà à la grève générale pour le cas où le gouvernement déciderait de moduler l’indexation des salaires.

Face à ces réactions démesurées, incompréhensibles et hautement irresponsables, je me vois dans l’obligation de rappeler que les entreprises, que les entrepreneurs ne sont pas la cause de tous les maux. La crise trouve ses origines dans une politique monétaire démesurée pratiquée par certaines économies occidentales et très souvent supportée par les syndicats. Les entreprises sont un maillon essentiel de la solution. Les entreprises constituent les pierres angulaires de notre système socio-économique, la voie vers la croissance, le plein emploi et la sauvegarde de notre prospérité.

Nous soulignons notre volonté d’entreprendre de manière ambitieuse. Nous souhaitons investir dans l’innovation, la formation de nos salariés et la création d’emplois. Nous sommes aussi une économie dépendant de l’investissement étranger et il faut éviter de nuire à l’image du Luxembourg à l’étranger.

Permettez-moi aussi de rappeler que la compétitivité n’est pas une fin en soi, mais un outil au service du bien-être. C’est le degré de compétitivité des entreprises qui détermine le niveau de l’activité économique et, partant, de la croissance. Ceci est particulièrement vrai pour une petite économie ouverte telle le Luxembourg. Et c’est la croissance qui permet d’améliorer le niveau de vie, de créer de l’emploi et d’assurer un niveau élevé de cohésion sociale.

Bref, la compétitivité constitue la condition de la croissance économique et, partant, la condition du maintien de notre niveau de vie qui compte parmi les plus élevés au monde. Une sortie de crise efficace et rapide passe dès lors nécessairement par le rétablissement de la compétitivité des entreprises. L’objectif doit être de réduire le coût salarial au niveau de celui de l’Allemagne et de récupérer l’écart en matière de productivité entre le Luxembourg et ses pays voisins.

Il est, partant, impératif de prendre les mesures adéquates en matière d’évolution des salaires. Le patronat, dans le cadre des discussions tripartites, a pris note de l’intention du gouvernement de sortir les produits énergétiques, l’alcool, le tabac ainsi que les prix administrés du panier indiciaire. Nous sommes toutefois d’avis que cette modification au niveau de la composition du panier n’est pas suffisante pour réduire le différentiel de compétitivité qui s’est ouvert les dernières années. Aussi les organisations patronales ont-elles proposé, dans le cadre de la tripartite, un moratoire de deux ans du système d’indexation et ont réfuté avec force la proposition du gouvernement d’adapter, avec effet au 1er janvier 2011, le niveau du salaire social minimum.

Comme la dette sociale cachée du régime des pensions ainsi que les déficits de l’assurance maladie risquent de grever la compétitivité-coût des entreprises, le patronat a clairement fait comprendre qu’il ne saurait accepter un quelconque relèvement des charges sociales patronales. Il s’agit dès lors de confirmer l’accord tripartite antérieur en matière de gel des cotisations patronales pour ainsi pouvoir maintenir un des rares avantages pour le Luxembourg en termes de compétitivité-coût.

Le patronat estime enfin que le redressement de la compétitivité doit nécessairement s’accompagner d’un remaniement du cadre légal de l’organisation du temps de travail. Les organisations patronales proposent dès lors d’augmenter la période de référence légale et de revoir les dispositions relatives aux plans d’organisation du travail alors que la mise en œuvre de ces plans est lourde et compromet à elle seule une véritable organisation flexible du temps de travail.

Je ne voudrais pas passer sous silence que le ministre de l’Economie et du Commerce extérieur, lors de la réunion tripartite du 10 avril dernier, a présenté quelque 60 propositions pour améliorer la compétitivité des entreprises, propositions qui trouvent l’approbation des organisations patronales. Je voudrais relever plus en détail deux des thèmes contenus dans les propositions du ministre.

D’abord la promotion du Luxembourg et de ses produits et services à l’étranger dans le but d’attirer de nouveaux investisseurs.

Nous nous prononçons en faveur d’un message et d’une image cohérents à véhiculer par les différents organes en charge de la promotion du Luxembourg. Mais une chose est claire : nous ne pouvons pas vendre une image qui ne correspond pas à la réalité. En d’autres mots, si le Luxembourg n’arrive pas à redresser sa position compétitive, nos messages relatifs à l’attrait économique du pays perdront leur crédibilité.

Ensuite, la proposition d’assurer un approvisionnement sûr et compétitif en énergie, ceci moyennant la valorisation de l’engagement de l’Etat dans le domaine de la production et de la commercialisation de l’énergie pour ainsi offrir des prix avantageux aux consommateurs luxembourgeois. Du point de vue de l’industrie, notamment des entreprises intensives en énergie, il s’agit d’un facteur déterminant en matière de politique industrielle.

Je m’explique : nous constatons que certaines catégories de consommateurs d’électricité sont dans l’incapacité de poursuivre leurs activités lorsqu’elles sont contraintes de s’approvisionner aux prix boursiers. Cet état des choses a déjà conduit à des délocalisations d’usines, notamment dans le secteur de l’aluminium. Plusieurs gouvernements en Europe ont réagi et encouragent les acteurs à conclure des contrats de fourniture à long terme du type « cost plus » pour la couverture de la charge de base. Tel est le cas pour la France ou la Finlande.

Le Luxembourg compte plusieurs industries fortement exposées à la variation des prix boursiers de l’énergie électrique. Le fait de devoir payer, en cas de forte reprise des cotations boursières, le double du prix de leurs concurrents français pourrait mettre leurs activités en péril. D’où l’importance de permettre des offres alternatives à celles liées aux prix boursiers et de creuser l’idée de partenariats à long terme entre distributeurs et consommateurs intensifs en électricité.

Mesdames, Messieurs,

Un deuxième volet indispensable de la stratégie de sortie de crise est le retour à une politique financière durable. A défaut, les pays concernés risquent d’être entraînés dans une spirale d’endettement sans fin dont ils auront du mal à sortir et qui pourrait aboutir à la faillite de l’Etat.

Les conséquences concrètes de ces évolutions sont aussi fatales : un service de la dette en forte augmentation qui a pour effet d’évincer d’autres tâches de l’Etat dans les budgets publics, en particulier celles à caractère d’investissement, et le risque de troubles sociaux dans la mesure où les ressources pour payer les prestations sociales feront défaut.

La crise survenue en Grèce donne un premier aperçu des conséquences désastreuses d’un endettement excessif, ajouté à une quasi-inertie dans le traitement des questions clés de politique économique : la différence de taux d’intérêt entre les titres des Etats grec et allemand s’est fortement creusée depuis que les marchés n’excluent plus une faillite du premier. Les spéculations sur la capacité de la Grèce à garantir le service de la dette ont aussi affaibli l’euro.

Bien sûr, la situation du Luxembourg en matière de finances publiques n’est pas comparable à celle de la Grèce. En 2009, le taux d’endettement de l’Etat luxembourgeois a atteint quelque 15% du PIB.

Mais force est de constater que l’évolution de la dette publique est des plus inquiétantes depuis le début de la crise. Et les projections faites par la Banque centrale indiquent qu’à politique inchangée l’endettement public atteindra 40% du PIB en 2014 et probablement 60% du PIB en 2019.

A l’endettement public officiel s’ajoute la dette sociale cachée du système de pension. Elle s’explique du fait de l’accroissement de l’écart entre les contributions effectuées par les actifs d’aujourd’hui et la valeur actualisée des promesses de pension.

Le rythme et l’ampleur qu’a pris l’endettement public ne sont évidemment pas soutenables, surtout pour une petite économie ouverte comme le Luxembourg soumise à une très grande volatilité de ses recettes fiscales et, partant, disposant d’une capacité d’endettement bien inférieure à celle des grands pays européens.

Je me permets de citer dans ce contexte Monsieur Jean-Claude Juncker, Premier ministre, qui dans la déclaration gouvernementale du 29 juillet 2009, a souligné que « nous ne devons pas imposer à la prochaine génération des charges qu’elle sera incapable de supporter. Il faut éviter que nous devenions une génération de faiseurs de dettes et que les jeunes deviennent une génération remboursante » (fin de citation).

Dans le cadre de la mise en œuvre du Pacte de stabilité et de croissance, le ministre des Finances, Monsieur Luc Frieden, a précisé qu’il n’est pas dans l’intention du gouvernement de laisser les finances publiques prendre une telle trajectoire. Le gouvernement vise comme objectif le rétablissement de l’équilibre budgétaire au niveau de l’administration publique en 2014 au plus tard.

Afin d’atteindre cet objectif, le gouvernement, à l’occasion de la réunion du Comité de coordination tripartite du 10 avril dernier, a proposé un paquet de mesures d’économies reposant sur trois critères, en l’occurrence la solidarité, le souci de ne pas hypothéquer les efforts de redressement de la compétitivité et la volonté d’insister sur le caractère collectif de l’effort à fournir.

Cette approche est partagée par le patronat tout comme la pondération de respectivement deux tiers et un tiers, entre la réduction des dépenses publiques et l’augmentation des recettes fiscales. Les organisations patronales estiment cependant que les propositions gouvernementales du 10 avril 2010 sont à elles seules insuffisantes pour atteindre l’objectif poursuivi par le gouvernement, en l’occurrence de viser un équilibre budgétaire au niveau de l’administration publique à l’horizon 2014.

En effet, à supposer même que cet objectif d’équilibre budgétaire soit atteint, quod non, le déficit de l’Etat central serait toujours de l’ordre de 800 millions € en 2014, ce qui veut dire que l’ensemble des dépenses d’investissement devra être financé par le recours à l’emprunt. Ceci est incompatible avec les principes d’une gestion saine des finances publiques alors que l’équilibre budgétaire en 2014 ne tient compte ni de la dette sociale cachée, ni de la volatilité élevée des recettes étatiques.

Le patronat encourage donc le gouvernement à suivre les recommandations de la Commission européenne et de fixer un objectif budgétaire excédentaire à l’horizon 2014. Je voudrais relever dans ce contexte qu’un moratoire concernant l’adaptation indiciaire porterait également remède alors que, selon le gouvernement, les finances publiques sont grevées de l’ordre de 125 millions € pour l’Etat central et de 180 millions pour l’administration publique par chaque tranche indiciaire. Le moratoire proposé par le patronat est d’autant plus judicieux qu’il permettrait de casser l’envolée de l’inflation et minimiserait ainsi l’impact de la non-adaptation des salaires.

Mesdames, Messieurs,

Seules des entreprises compétitives peuvent saisir les opportunités qu’offre la croissance. Seules des entreprises compétitives peuvent tirer parti des transformations économiques et technologiques actuellement engagées à l’échelle mondiale.

Ces transformations touchent profondément le secteur industriel en pleine évolution. La « vieille » industrie se renouvelle à un rythme accéléré pour tendre vers la « nouvelle » industrie axée davantage sur les services à haute valeur ajoutée. Délocalisations, restructurations, fusions, cessions et acquisitions transforment le paysage industriel en permanence. De plus, les évolutions technologiques, les politiques et les changements environnementaux ne font qu’accélérer ce processus.

Un tel processus de « destruction créative » voit, d’une part, des activités se délocaliser dans les pays en plein développement ou disparaître et, d’autre part, de nouvelles activités basées sur la connaissance, naître dans les pays développés.

Il est de notre conviction que nous devons continuer à diversifier et développer l’industrie luxembourgeoise : elle crée de la valeur ajoutée, elle exporte 90% de sa production, elle est le moteur de la croissance de l’économie, elle est source d’emplois, elle développe la technologie de l’avenir, elle est un facteur d’harmonie sociale.

Si la part de l’industrie manufacturière dans le PIB a certes diminué au cours des décennies passées, il importe de corriger l’image que nous dessinent les statisticiens par l’effet multiplicateur que produit l’industrie au niveau de l’économie en général. En effet, de nombreuses activités du secteur tertiaire trouvent leur origine et leur raison d’être dans le secteur de base qu’est l’industrie.

Partant, le Luxembourg doit être à même d’attirer de nouveaux investissements industriels, comme il a su le faire avec succès par le passé. En effet, il serait extrêmement dommageable de ne plus promouvoir le développement industriel au Luxembourg, alors que d’autres pays européens, comme la Finlande ou l’Allemagne, ont réussi à donner un nouvel essor à leur secteur industriel.

Nos décideurs politiques doivent davantage se préoccuper des conditions dans lesquelles le secteur industriel doit opérer et sur lesquelles ils peuvent exercer une influence réelle et positive. Que ce sont le coût et la flexibilité du travail, la fiscalité et le cadre réglementaire, la politique énergétique, la formation, la R&D, l’immigration ou les infrastructures, nous devons utiliser les leviers afin de créer un environnement plus favorable pour nos industries plus traditionnelles et pour les nouvelles industries, que ce soit les TIC, les bio- ou éco-technologies ou encore la logistique.

En tant que Fedil, nous sommes convaincus que seule une politique cohérente tenant compte de tous ces éléments, flanquée par des mesures sectorielles, permettra au Luxembourg d’actionner les leviers lui permettant d’optimiser les atouts dont il dispose dans un contexte de concurrence mondiale.

Mesdames, Messieurs,

L’élargissement de notre assise économique nécessite aussi un plus grand nombre d’entrepreneurs. Or, le goût de l’entrepreneur est peu présent chez les Luxembourgeois qui, très souvent, briguent un poste bien rémunéré dans le secteur protégé de l’économie.

Au manque de nouveaux entrepreneurs s’ajoute la disparition, au cours des prochaines années, d’un grand nombre d’entreprises faute de successeur. Cela est regrettable, car les chances de réussite d’un entrepreneur sont statistiquement plus élevées lorsqu’il reprend une entreprise existante que lorsqu’il crée une nouvelle entreprise.

Si l’on veut augmenter le nombre d’entrepreneurs, de créateurs d’entreprises, il faut d’abord remettre en vogue l’acte d’entreprendre et en améliorer l’image. L’enseignement et les médias jouent un rôle déterminant à cet égard.

Ensuite, les autorités doivent créer des conditions favorables à l’entreprise. Cela signifie, entre autres, de faire preuve de réserve dans certains domaines et de limiter l’action à ce qui est nécessaire. C’est la seule manière de démanteler les freins existants que sont les formalités administratives, les barrières à l’accès ou encore l’insécurité juridique.

De plus, en cas de succès, les entrepreneurs ne doivent pas être pénalisés, mais leur prise de risque doit être rémunérée à sa juste valeur. Ce n’est que dans ces circonstances que l’on pourra parler d’un climat qui donne toutes les chances aux chefs d’entreprise.

Mesdames, Messieurs,

La globalisation des marchés et le vieillissement de la population sont des défis communs à toutes les économies européennes. L’économie luxembourgeoise dispose du potentiel pour y faire face, mais elle est entravée par des handicaps structurels profonds qui hypothèquent gravement son avenir.

Loin de se réduire, le handicap concurrentiel de l’économie luxembourgeoise s’est encore aggravé les dernières années. A politique inchangée, un fossé de plus en plus profond risque de nous séparer de nos partenaires européens, sans parler des économies émergentes et à forte croissance.

A l’instar des réformes entreprises, notamment en Allemagne et aux Pays-Bas, il est urgent d’agir avant que cette perte croissante de compétitivité n’impose des mesures trop radicales. Mais pour pouvoir agir résolument en faveur de la croissance et de l’emploi, les acteurs économiques, sociaux et politiques doivent se défaire d’une série de tabous, d’idées préconçues et de mauvaises habitudes qui empêchent de voir plus loin.

Il s’agit de créer les conditions permettant à l’esprit d’entreprise de donner sa pleine expression. L’entreprise ne s’épanouit que lorsqu’elle n’est pas accablée par des contraintes trop lourdes. Elle a besoin de main-d’œuvre de qualité et en quantité suffisante. En retour, elle crée de l’emploi, de l’innovation et de la prospérité, ce qui permet de faire face aux besoins légitimes de la société.

Les propositions formulées par le patronat dans les discussions tripartites s’articulent entre elles et se renforcent mutuellement afin d’engager l’économie luxembourgeoise dans un cercle vertueux pour plus de croissance et d’emploi. Elles sont l’expression d’une volonté de sortir notre pays de la crise et de le mettre sur les rails d’un développement économique durable et performant.

Il n’existe pas de remède miracle pour sortir de cette crise. Les moyens financiers à notre disposition sont limités et la structure de notre économie, une économie de petite taille fortement dépendante de nos partenaires, restreint notre marge de manœuvre.

Partant, il faut définir une politique qui mettra l’accent sur le rétablissement de la compétitivité des entreprises et sur la création de l’emploi. Il faut maîtriser l’évolution du coût salarial, il faut continuer à investir dans la R&D, dans la modernisation du cadre réglementaire, dans les TIC, dans la formation des salariés et dans les infrastructures au service de l’économie. Il faut aussi définir une politique d’assainissement des finances publiques et une politique de réforme des régimes d’assurance sociale qui seront en parfaite compatibilité avec l’objectif du rétablissement de la compétitivité des entreprises.

Je ne peux évidemment pas préjuger des résultats des discussions tripartites, mais je peux vous assurer que la volonté du patronat est d’aboutir à un accord susceptible de préserver le modèle de développement économique et social du Luxembourg.

Faute d’un accord tripartite et face à l’envergure de la crise, nous appelons au gouvernement de parler d’une voix, de prendre ses responsabilités et de définir rapidement un paquet de mesures adaptées à redresser la situation compétitive de nos entreprises et à rétablir l’équilibre des finances publiques.

Je vous remercie de votre attention.

 

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