Réception du nouvel an des entreprises 2012 - Discours de Robert Dennewald, président de la Fedil
Excellences,
Monsieur le Premier Ministre,
Chère Madame Dutordoir,
Chers membres de la Fedil,
Mesdames, Messieurs,
Permettez-moi tout d’abord de vous souhaiter la bienvenue à notre traditionnelle réception du Nouvel an. Après une année 2011 difficile, j’espère que l’année 2012 sera meilleure et nous permettra de réaliser nos projets et de tenir nos engagements.
J’ai l’honneur et le grand plaisir d’accueillir parmi nous Madame Sophie Dutordoir, CEO d’Electrabel. Votre présence, Madame, en tant qu’éminente dirigeante d’entreprise, nous honore. Nous écouterons votre exposé sur l’énergie, sujet crucial pour les entreprises en Europe, avec une grande attention.
Je souhaite aussi la bienvenue à notre Premier Ministre, Monsieur Jean-Claude Juncker, et je le remercie pour sa fidélité envers notre rendez-vous annuel. Sachez, Monsieur le Premier Ministre, que la communauté des entreprises a toujours été à l’écoute de vos messages et que nous ferons de même en 2012.
Mesdames, Messieurs,
Sans vouloir empiéter sur le sujet qui sera abordé par notre invitée d’honneur, je souhaite tout d’abord dire quelques mots sur les politiques énergétique et climatique. En Europe, ces deux politiques sont trop interdépendantes pour être considérées séparément.
L’année passée, à cette même tribune, je vous ai parlé de la nécessité d’accélérer et d’intensifier les efforts d’innovation et d’investissement. Ces efforts permettront de rompre la relation entre la croissance économique, d’une part, et la consommation des ressources et notamment de l’énergie, d’autre part.
Dans un contexte de remontée rapide des prix de matières premières, et face aux risques politiques et militaires caractérisant les principales régions exportatrices de pétrole et de gaz naturel, cette nécessité de moderniser nos modes de production et de consommation reste plus que jamais d’actualité.
La Fedil n’est pas restée inactive dans ce domaine. Plusieurs initiatives, dont l’organisation des prix de l’environnement et de l’innovation, le soutien au programme climat du gouvernement ou encore nos engagements et activités autour de l’accord volontaire énergie témoignent de notre volonté de faire avancer les choses.
Mais le chemin de transition vers une économie moins intensive en ressources et basée sur les sources d’énergies renouvelables sera long. Il risque fort d’être pavé de contrecoups qui fragiliseront notre sécurité d’approvi-sionnement et alourdiront notre facture énergétique.
Monsieur le Premier Ministre,
Sur cette toile de fond, nous comprenons la pertinence des soucis que vous exprimez lorsque vous pointez du doigt les effets néfastes qu’un relèvement soudain des prix énergétiques produirait au niveau de notre économie indexée.
Qui ne se souvient pas de la catastrophe naturelle qui a frappé le Japon en mars 2011 et de la catastrophe nucléaire qu’elle a causée. Ces événements dramatiques ont entraîné des revirements importants au sein de l'UE.
Les décisions politiques de relancer ou d'accélérer les programmes de sortie du nucléaire au sein de l'UE ont placé les pays et entreprises concernés devant de nouvelles contraintes : ils doivent augmenter d’un cran la vitesse de remplacement des productions traditionnelles d’électricité par des sources renouvelables s’ils veulent rester en ligne avec leurs objectifs climatiques, tout en assurant un approvisionnement sans failles.
En parallèle, il faut renouveler et développer de fond en comble les réseaux électriques et renforcer les interconnexions entre les pays. Or, nous Luxembourgeois, sommes bien placés pour témoigner du sort qu’un projet de réseau électrique peut prendre lorsqu’il se voit confronté aux opposants notoires se réclamant de la défense des intérêts écologiques ou à ceux faisant régner, pour des raisons souvent difficiles à comprendre, l’esprit de clocher. Les procédures d’autorisation pluriannuelles - ou dois-je dire décennales - sont incompatibles avec les aspirations de modernisation du système énergétique.
Parlons-en de nos ambitions climatiques : Il est vrai que le sommet de Durban le mois passé a lancé un nouveau processus pluriannuel de négociations qui devrait mener à des engagements de réduction par les économies développées et celles en transition. Tel est le point de vue des optimistes. D’autres affirment que l’Union européenne ne s’est jamais trouvée aussi isolée qu’après Durban. Les principaux partenaires non-européens ne sont même pas d’accord pour entrer dans un «Kyoto 2». Le Canada vient de déclarer ouvertement sa sortie du protocole de Kyoto.
L’Union européenne est confrontée à deux menaces de sanctions commerciales de par ses principaux partenaires de l’OCDE. La première est liée à la décision de soumettre l’aviation internationale à notre régime des quotas. La deuxième concerne l’intention de la Commission de défavoriser l’importation de certaines catégories de pétrole brut.
Le fait que nous nous retrouvons seuls avec des plafonds d’émissions et avec un coût de l’énergie plus élevé risque d’affecter le climat d’investissement, de décourager l’innovation dans ce domaine, ceci au profit d’un processus lent, mais continu, de désindustrialisation.
En effet, qui produira demain le verre, l’acier, l’aluminium, les matériaux composites ou le ciment, tous ces matériaux nécessaires à l’assainissement de notre parc immobilier, à la construction des éoliennes et des lignes électriques ? Qui produira les modules solaires ? Je doute que ce soit réalisé dans un espace économique dont les politiques parfois aléatoires et souvent isolées renchérissent la facture énergétique et compliquent la définition de projets d’investissement.
Dès lors, il est grand temps de compléter, au niveau de l’Union européenne, mais aussi au niveau du Luxembourg, les politiques énergétique et écologique par une vraie politique industrielle, digne de ce nom. De 1995 à ce jour, le poids du secteur industriel dans l’économie luxembourgeoise est passé de 15,3% du PIB à seulement 8,1%.
Selon la Fedil, plusieurs phénomènes cumulatifs sont à la base de cette évolution :
- la globalisation et l’émergence de nouvelles puissances économiques qui attirent les investissements industriels
- la perte de compétitivité-coût du Luxembourg, et
- l’absence d’une vision commune sur le développement futur de notre économie.
Or, tel que confirmé par les analyses et plans d’action de la Commission européenne, l’industrie a un role-clé à jouer dans une économie équilibrée et durable, que ce soit par son effet multiplicateur sur d’autres secteurs, son réservoir pour l’emploi peu qualifié ou encore en tant que pôle d’innovation et de recherche.
Sur base de ce constat, la Fedil plaide pour une « nouvelle approche » qui permet de redynamiser la politique industrielle dans ce pays. Un premier objectif serait de consolider et de développer, par des démarches proactives, les structures industrielles existantes, sachant que la délocalisation de productions industrielles à l’étranger ne saura être compensée dans le court terme par de nouveaux projets d’investissement d’envergure.
Un deuxième objectif, à moyen et long termes, est la création de « niches de compétences » basées sur des investissements conséquents dans l’innovation et la recherche. Ce positionnement sectoriel ne devrait cependant effacer une approche opportuniste qui consiste à rester ouvert par rapport à des projets industriels intéressants dans d’autres domaines d’activités.
Selon la Fedil, une telle vision stratégique sur l’avenir du secteur industriel au Luxembourg ne peut aboutir à des résultats tangibles sans un support politique fort et permanent.
Ce support doit être accompagné d’un pilotage qui responsabilise et fédère tous les acteurs publics et privés impliqués autour d’objectifs communs.
Concrètement, la Fedil a proposé de mettre en place un « Haut Comité pour le développement de l’industrie », placé sous la tutelle du Ministre de l’Economie et du Commerce extérieur. Ce Comité devrait revêtir un caractère public-privé et refléter ainsi l’esprit de partenariat dans lequel les discussions et les travaux du Comité sont censés s’inscrire.
Sa mission est de mobiliser tous les acteurs autour d’un agenda commun. Il s’agira de faire l’inventaire des paramètres qui freinent actuellement le développement de l’industrie au Luxembourg, de proposer un plan de remèdes aux blocages de nature souvent institutionnels et d’identifier ensemble les défis et opportunités sur les plans national et international
Mesdames, Messieurs,
Bien que la politique énergétique et climatique constitue un enjeu de taille pour la compétitivité des entreprises en Europe, elle ne présente qu’une partie d’un ensemble d’éléments qui doivent être réunis pour assurer aux entreprises une terre propice à la création de croissance et d’emplois.
En effet, l’élément essentiel régissant les relations entre les acteurs d’un même marché, les citoyens envers les autorités politiques, ou les individus entre eux, est la confiance. Elle est prémisse à tout engagement et à tout contrat conclu entre parties, que ce soit un contrat d’affaires ou le contrat social dans son ensemble.
L’année 2011 a été marquée par une crise de confiance. En effet, les marchés financiers ont perdu la confiance dans la zone euro. En raison d’un taux de change stable, nous ne pouvons pas parler d’une crise de l’euro. Il s’agit bel et bien d’une crise de confiance dans la capacité des Etats membres de gérer leur dette souveraine et de mener à bien un agenda de réformes structurelles.
Celle-ci s’est étendue vers l’Union européenne dans son ensemble. Son incapacité d’assurer une gouvernance économique et de discipliner ses mauvais élèves est, en effet, source d’inquiétude et a créé un climat d’affaires instable et incertain. Ce climat persistant a finalement eu raison de plusieurs gouvernements en Europe qui se sont vus remplacer par des gouvernements technocrates. La classe politique en Europe a perdu en crédibilité et la désillusion pour les populations a été de taille.
La classe politique a pourtant beaucoup tenté afin de réinstaurer la confiance en ses actes. A coups de fonds et de leviers, des moyens financiers conséquents ont été injectés dans le système afin d’amadouer les marchés restés sceptiques. Plusieurs renforcements des règles communes ont été décidés. Le point culminant se trouvant dans un traité intergouvernemental qui entraînera un transfert de souveraineté en posant les bases d’une union budgétaire, sans implication ni des Britanniques, ni - et c’est regrettable - de la Commission. En effet, la méthode communautaire est toujours préférable à la méthode intergouvernementale, et ce en particulier pour un pays comme le nôtre.
Toutes ces actions furent nécessaires, nous en sommes convaincus. Toutefois, un élément essentiel a jusqu’à présent été négligé par les Etats européens : la transposition au niveau national des engagements pris au niveau communautaire. En effet, les accords vers une coordination des politiques économiques ne manquent pas, que ce soit le semestre européen ou le pacte dit « euro plus ». Mais le suivi des engagements pris dans ces textes n’est pas assuré à travers un agenda réformateur ambitieux.
Le retour de la confiance ne passera que par un engagement sérieux des gouvernements de la zone euro à pousser les réformes structurelles. Le salut de l’Europe et de sa classe politique en dépend. Les acteurs économiques en ont besoin.
Mesdames, Messieurs,
Le Luxembourg n’est pas exempt de cette situation. Dans un environnement international plus difficile, la croissance économique s’est fortement ralentie au cours des dernières années.
De plus de 4% en moyenne annuelle pour les années 2000 à 2005 elle est passée à quelque 2,5% entre 2006 et 2010. Le nombre des demandeurs d’emploi a atteint des niveaux jamais vus bien que l’emploi intérieur ait encore augmenté à raison de 3% par an pour les années 2000 à 2010. Et au niveau des finances publiques, les déficits budgétaires se sont accumulés entraînant à la hausse l’endettement public qui atteint entre-temps quelque 18% du P.I.B.
S’il est clair que la récession mondiale est un des arguments qui explique les problèmes auxquels le pays est confronté, il est tout aussi évident que l’érosion de la compétitivité en est un autre. Selon l’indicateur synthétique de l’Observatoire de la compétitivité, la compétitivité du Luxembourg s’est fortement dégradée au cours des dernières années : le Luxembourg est passé de la 6e place en 2005 à la 10e place en 2011.
Une analyse plus fine met en évidence que la dégradation de la compétitivité s’explique par une croissance du coût salarial bien supérieure à celle de nos concurrents.
Ainsi, au cours de la période allant de 1998 à 2010, le coût salarial unitaire nominal a augmenté de 35% au Luxembourg, contre 26% pour les pays de la zone Euro et seulement 18% pour nos trois pays voisins, Allemagne, Belgique et France.
Et aussi large que la conception de la compétitivité puisse être, nul ne pourra mettre en doute la place prépondérante réservée à la compétitivité-prix et à la compétitivité-coût, dans la mesure où ce sont ces dernières qui déterminent le niveau d’activité de la plupart des entreprises luxembourgeoises, notamment de celles orientées à l’exportation. Nul ne pourra nier que l’évolution de l’inflation ou des prix au Luxembourg ainsi que celle des salaires aura des répercussions sur la compétitivité des entreprises luxembourgeoises.
Les discussions menées au sein du Comité de coordination tripartite fin 2011 ont montré que le gouvernement et le patronat partagent le constat de la situation dans laquelle se trouve notre pays. Ils partagent aussi la voie des réformes à engager afin d’y remédier.
Monsieur le Premier Ministre,
Dans votre exposé à l’occasion de l’entretien télévisé que vous avez accordé en fin d’année, vous ne pouviez pas mieux expliquer notre point de vue sur la situation économique du pays.
Je ne vous importunerai dès lors pas avec la liste détaillée des problèmes structurels à aborder. Mais je lance un appel au gouvernement de mettre rapidement en œuvre tout un ensemble de réformes en faveur du redressement de la compétitivité, en faveur aussi d’un meilleur fonctionnement du marché du travail, de la réduction de l’inflation ou encore d’une meilleure maîtrise des dépenses publiques.
Certes, en ce qui concerne l’évolution des salaires, la catastrophe a pu être évitée. Toutefois, la décision du gouvernement de reporter l’échéance de la prochaine tranche indiciaire à octobre 2012, de respecter un intervalle de 12 mois entre chaque tranche et de ne procéder qu’au paiement d’une seule tranche indiciaire par an pour les années 2013 et 2014 est, de l’avis de la Fedil, largement insuffisante pour redresser la situation compétitive des entreprises luxembourgeoises, surtout de celles confrontées à une concurrence internationale très forte.
Malgré la modulation de l’échelle mobile des salaires, la dynamique de l’accroissement du coût salarial restera entière et l’écart par rapport à nos pays concurrents se creusera davantage. Y-a-t-il lieu de rappeler à cet égard que le coût d’une tranche indiciaire est de plus de 400 mio € / année pour l’économie privée. S’y ajoutera, à partir de 2013, le coût de l’adaptation du salaire social minimum annoncée par le gouvernement.
En outre, les réformes en demi-teinte, tel le projet de réforme de l’assurance pension, nous paraissent largement insuffisantes et démontrent un refus de prise de responsabilité.
Monsieur le Premier Ministre, il n’est pas trop tard pour bien faire. L’action nationale doit être en phase avec les discussions menées et les décisions prises au niveau de l’Union européenne. Tout décalage serait un non-sens, voire un aveu d’impuissance.
J’appelle dès lors à vous de faire preuve de détermination et de courage et de prendre aujourd’hui les décisions qui nous garantiront demain croissance et prospérité.
Mesdames, Messieurs,
L’année 2012 est aussi l’année du départ d’un homme politique intègre et respecté, Monsieur Jeannot Krecké. Je tiens à vous exprimer ma gratitude pour les services que vous avez rendus à notre économie et à notre pays. Nous avons beaucoup apprécié votre engagement incessant pour le monde des entreprises, votre disponibilité et votre ouverture d’esprit.
Votre franc-parler et vos coups de gueule nous manqueront certainement. Je tiens à vous souhaiter bon vent et sachez que vous serez toujours le bienvenu parmi nous.
Permettez-moi aussi de souhaiter tout le meilleur à votre successeur, Etienne Schneider, un habitué de la maison que nous connaissons bien. Nous lui souhaitons beaucoup de réussite dans l’exercice de ce mandat crucial pour nous et pour notre pays.
Mesdames, Messieurs,
Je voudrais conclure sur une note positive. En tant que chefs d’entreprises, notre nature n’est pas d’abdiquer et c’est dans l’adversité que nous mobilisons nos plus grandes forces. Nos intentions sont nobles et l’ont toujours été. Nous n’avons jamais quitté ni menacé de quitter la table des négociations. C’est pourquoi je souhaite que l’année 2012 soit celle du renouveau du dialogue et non de la rupture.
Je vous remercie de votre attention et je passe la parole à notre invité d’honneur, Madame Sophie Dutordoir, CEO d’Electrabel.










